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C'est avec l'ambition de diffuser de nombreuses informations sur le thé japonais que j'ai débuté ce blog. Vous y trouverez les éléments les plus importants de l'histoire du thé au Japon, ainsi que des infos sur les divers types de thés japonais, régions productrices, etc.

Aussi, vous pouvez retrouver en ligne ma sélection de thés grâce à la boutique Thés-du-Japon.com.

Très bonne lecture, j'espère que mon modeste blog donnera au plus grand nombre l'envie de se familiariser de plus près avec ce produit d'une grande profondeur qu'est le thé japonais !

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lundi 20 juillet 2020

Quatre sencha de Umegashima

Je présente depuis quelques années des sencha de Umegashima, des Yabukita, mais aussi un zairai (dont j'ai déjà beaucoup parlé les années précédentes) qui est un peu à l'origine de mon attachement pour cette petite aire de production.
Tout d'abord il est peut-être besoin de repréciser ce secteur de Umegashima. Cette zone se trouve à Shizuoka, dans l'arrondissement de Aoi, à l'ouest de la ville de Shizuoka. C'est une zone de montagne et l'un des différents secteurs de la région productrice de thé que l'on nomme Hon.yama (ce terme concerne le thé et n'est pas un découpage administratif officiel). Umegashima se trouve assez loin à l'ouest en remontant la rivière Abe, et est l'un des plus reculés des secteurs de Hon.yama. Ainsi les thés arrivent tard, trop tard même pour être vendus prix correct sur les marchés, et cela, ajouté au fait que les conditions de culture ne sont pas simples, contribue à la disparition progressive des producteurs de thé dans cette région au nom pourtant prestigieux. De plus, les prix trop bas font que certains producteurs n'y pratiquent plus qu'une seule récolte, les coûts de productions d'une seconde, troisième récoltes seraient en effet plus élevés que le prix de revente.

Depuis maintenant quatre ans je propose un "zairai" (variétés indigènes, hétérogènes, issues de graines variées, à la différence des cultivars, homogènes, issus de boutures) d'une vieille plantation de la localité de Nyûjima. Le but avec le producteur était de lui faire faire un bon sencha avec, alors que les zairai, n'ayant pas de valeur sur le marché, sont souvent cantonnés à des récoltes tardives, proche d'un bancha dans la forme et les arômes. Chaque théiers étant différent, le timing de récolte, puis la transformation du zairai est difficile. Chaque année, le résultat fut assez différent.
Il y a deux ans, je proposais aussi l'excellent Yabukita de la même plantation à Nyûjima, que je ne pu proposer l'an dernier en raison de dégâts dû à la grêle. Celui d'une autre plantation, Fujishiro, était venu le remplacer, mais le Yabukita de Nyûjima est de retour cette année.

Du même producteur, je propose aussi cette année un autre Yabukita, en provenance d'une plantation plus en altitude (700 m environ), une localité appelée Kusagi.
Enfin, déjà présent l'an dernier, un Yabukita d'un autre producteur, en provenance du lieu appelé Shinden.
Trois Yabukita et un zairai, quatre sencha que je source directement à l'état de thé brut aracha (voir ici pour comprendre ce qu'est la différence entre aracha et un produit fini). 

Il est clair que l'on n'a pas là quatre thés radicalement différents, pourtant dans leur similarité, tous ont leurs nuances.

Cette année, je dois dire que le zairai est très beau, très propre, du bon travail !
Bien qu'il ne soit pas très expressif au nez (la torréfaction est très faible), on y trouve tout de même une ambiance sucrée et légèrement fruitée tout à fait agréable.


En bouche on ressent de suite sa robustesse, mais avec très peu d'astringence. Là encore c'est très sucré (quelle puissance dans la longueur !), avec de légères notes de fruits estivaux voire même de fruits exotiques.
La deuxième infusion vient faire cohabiter les arômes fruités avec des notes évoquant le sous-bois. Là encore peu d'astringence, beaucoup de volume, et une superbe persistance sucrée en bouche.
Sur la troisième infusion, le nez reste très fruité, avec une impression plus minérale en bouche. Toujours robuste mais fluide et rafraîchissant.
Il ne faut pas chercher d’extravagance aromatique avec ce sencha, pour cela allons creuser du côté des cultivars, mais on a un thé, je me répète, puissant, riche, doux et au caractère classique sans manquer d'une touche d'originalité.
Aussi, le producteur ne sait pas quand ces graines ont été plantées, ainsi compte tenu de cela ainsi que du style de plantation (pas de rangées mais des arbustes indépendants) on peu imaginer, sans avancer de date, que la plantation date d'avant le développement des cultivars dans les années 60, et qu'il s'agit non pas de graines d'un même cépage, mais de graines vraiment variées, vraiment locales. On peut ainsi prétendre à un goût du terroir local (??).

Passons maintenant aux Yabukita avec d'abord celui de Nyûjima, cohabitant avec le zairai.


Ce Yabukita est étonnant, pour le coup très aromatique, même si j'ai toutes les peines du monde à définir ces arômes. Le parfum des feuilles est sucré mais évoquent quelque chose de minéral, là aussi le sous-bois, le pin.
Moins évident avec la liqueur infusée, ce sont les arômes qui arrivent dans un second temps en bouche qui charment par leur originalité.
D'abord on a une attaque puissante, avec de l'astringence, un umami léger et agréable aussi. Puis arrivent donc des arômes particuliers, évoquant en effet le pin, une eau de Cologne discrète, le bois sec un peu mais en restant néanmoins dans des dominantes vertes. L'after est encore une fois terriblement puissant, sucré et persistent.
On continue sur plusieurs infusions toujours riches, mais plus veloutées, rafraîchissantes, sans augmentation, bien au contraire, de l'astringence.
Ce Yabukita, bien sûr à déguster en parallèle avec le zairai, étonne par ses qualités aromatiques, en dégustation à l'aveugle on pourrait tout à fait hésiter, et ne pas y reconnaître avec certitude ce grand cultivar classique.

On bouge maintenant plus en hauteur, on remonte plus loin le cour de la rivière Abe pour une plantation à Kusagi. Pour se donner une idée, ce Yabukita fut récolté le 30 mai alors que celui de Nyûjima le fut le 6 mai (il faut bien sûr prendre en compte le niveau de pousse des feuilles au moment de la récolte, la récolte du Kusagi étant clairement plus tardive, avec feuilles plus grandes donc).


Celui-ci donne une infusion plus évidente au nez, avec un parfum qui apparaît d'abord comme beurré.
En bouche, cette fois l'attaque est légère, et c'est ensuite qu'apparaît de l'astringence, que viennent dans un troisième temps adoucir des notes sucrées. Alors que l'on retrouve les notes beurrées, puis une impression boisée, on voit apparaître peu à peu dans la longueur des arômes plus végétaux.
Ce que viennent confirmer les infusions suivantes c'est un sencha qui dans l'ensemble est moins robuste que les deux thés de Nyûjima, plus léger, mais qui est ainsi très accessible et facile à boire, je dirais à grandes "goulées".

Enfin, pour le dernier Yabukita, qui provient lui de Shinden, et d'un producteur différent, le style est lui aussi très différent. Non pas que le thé brut aracha en lui-même ait été radicalement d'un autre genre, mais que la torréfaction finale (hi-ire) soit cette fois-ci forte. Je dois dire plus forte que ce que je désirais. Bon, pour le coup la différence, l'influence de la torréfaction est, par comparaison aux trois autres très facile à saisir ici.


En effet, nous avons là des parfums et arômes complètement différents. Les parfums sont d'un sucré beaucoup plus pâtissier, caramélisés, dans des nuances de fruits à coque grillés, etc.
En bouche ce sont des notes sucrées et chaleureuses, gourmandes, de torréfaction qui apparaissent immédiatement. Sur le palais ce sencha est stimulant, avec un mélange de sucré, d'astringence et d'umami. Une infusion tiède pourra bien mettre en valeur ce Yabukita de Shinden. Beaucoup de volume.
On apprécie dans les infusions suivantes le retrait progressif de l'influence de la torréfaction sur les arômes. On retrouve alors des arômes plus végétaux, mais aussi, au nez, des notes florales stimulantes.

Comme c'est le cas d'une manière générale pour ces régions de production de thé en montagne à Shizuoka, Umegashima est particulièrement touchée par la baisse des prix, l'absence de relève, et simplement la difficulté de se faire une place sur un marché aujourd'hui dominé par des fukamushi ombrés, tout à l'umami, qui font la dynamique en particulier des thés de Kyûshû. On ne peut pas argumenter contre les goûts du marché, mais tous ces thés comme on n'en trouve quasiment qu'à Shizuoka, Hon.yama donc, mais aussi Kawane, Tenryû, ont une valeur incontestable qui mérite du soutien. Ainsi je tâche à mon petit niveau de soutenir ces thés de Umegashima, c'est pourquoi je vous en propose cette année pas de quatre. 

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