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C'est avec l'ambition de diffuser de nombreuses informations sur le thé japonais que j'ai débuté ce blog. Vous y trouverez les éléments les plus importants de l'histoire du thé au Japon, ainsi que des infos sur les divers types de thés japonais, régions productrices, etc.

Aussi, vous pouvez retrouver en ligne ma sélection de thés grâce à la boutique Thés-du-Japon.com.

Très bonne lecture, j'espère que mon modeste blog donnera au plus grand nombre l'envie de se familiariser de plus près avec ce produit d'une grande profondeur qu'est le thé japonais !

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samedi 15 mars 2014

Rencontres à Tokoname 2 : Takasuke, où le moule est un travail d'orfèvre

Ma journée à Tokoname en compagnie de M. Umehara Shôji (Shôryû) fut aussi l'occasion de visiter l'atelier Takasuke. Takasuke est l'une des plus réputée fabrique de théières kyûsu et autres céramiques au moule (ikomi 鋳込み), et c'est aussi à Tokoname le pionnier de cette technique. Disons que c'est le haut de gamme de la technique ikomi, et comme me le rappelle Shôryû, de bons ikomi valent bien mieux que des théières fabriquées au tour par un artisan à la technique peu accomplie.

Comme je l'avais déjà brièvement évoqué dans mon reportage sur Banko-yaki, la fabrication d'une théière au moule laisse encore beaucoup de place au travail manuel, et si les quantités produites peuvent être plus importantes que celles produites par un seul artisan au tour, il reste néanmoins difficile de parler de quantités industrielles. Le directeur, M. Kida, me parle d'un objectif de 60 kyûsu par jour. Quand on connaît le prix des objets, qu'on sait que pour cela il emploie trois personnes, qu'on pense au coût de l’énergie utilisée par les fours électriques, on comprend bien alors toutes les difficultés de cette industrie aujourd'hui.

L'utilisation du moule ne représente qu'une toute petite partie de la fabrication d'une théière, toutes les autres étapes sont accomplies à la main de la même façon que le ferait un potier. D'ailleurs, si l'on devait ne réaliser qu'une seule théière au moule, cela prendrait plus de temps que pour un objet fabriqué au tour.

Les moules sont empilés les uns sur les autres, et l'on verse la terre à l'état liquide qui vient remplir tous les moules en rotation sur eux-même. Précisons que la différence de taux d'humidité de cette terre « liquide » n'est en réalité que de 3 ou 4 % supérieur à celui des terres utilisées par les potiers. C'est le fait de brasser constamment cette terre qui la conserve liquide, si l'on arrête, elle devient dure.


Il faut environ une heure avant de pouvoir sortir les différentes partis des théières des moules (le corps, le couvercle, la poignée, le bec, sont tous évidemment tous moulés séparément). En fait, on vide le surplus de terre encore liquide, et il ne reste plus que ce qui à durci sur les parois internes du moule.

Ensuite, chaque élément doit être fini, puis assemblé à la main.
Une phase finition à la main sur une sorte de tour est nécessaire pour le corps. On rogne les imperfections, on lisse. C'est un travail de précision, dont à Takasuke, le président à la charge !


Il faut ouvrir un trou dans le corps, placer le filtre à l’intérieur. Avant d'y fixer le bec, il faut couper le bout de celui-ci, etc. On place la poignée. Il faut aussi vérifier la taille du couvercle.



Enfin, reste la cuisson. Chez Takasuke c'est environ 10 heures, à 1200°C. Pour les objets noirs, il faut recuire la terre rouge à plus basse température en réduction avec des glumes de riz ou des copeaux de bois pour fumiger.

La passion, l'amour du travail bien fait est ici tout aussi tangible, peut être même plus encore, que chez n'importe quel artisan. Le degré de finition des produits Takasuke est très élevé, et une bonne « ikomi » vaut mieux qu'une théière de la main d'un artisan moyen, ou manquant d'expérience. Mais finalement, « ikomi » ou tour de potier, le savoir faire et la quantité de travail pour fabriquer une théière est impressionnant, pourtant, aujourd'hui pour la plupart des Japonais, dépenser ne serait-ce que 20 euros dans une théière est impensable ! Imaginez une théière à 50 euros, la vendre est presque un exploit..... je pense qu'il se vend beaucoup plus de bols pour la cérémonie du thé cinq fois plus chers (je ne sais pas si le lecteur entrevoit ce que j'ai en tête en écrivant cela, mais je n'irai pas plus loin).

Voir de ses propres yeux, ressentir avec son corps, rencontrer les acteurs, voilà qui me permet d'entrevoir les trésors que sont ces objets, indispensables aux gestes du thé. Cela renforce une passion, il est formidable de voir que celle-ci est partagée à tous les bouts de la chaîne. Bien sûr, maintenant, plus que jamais, les mots manquent pour transmettre ce que j'ai vu et ressenti, et il ne me reste plus alors qu'à attendre les prochaines rencontres, les prochains coup de foudre. J'espère au moins avoir réussi à faire tomber quelques mauvais clichés, et aussi à vous avoir intéressé un peu...