Bienvenue à toutes et à tous

C'est avec l'ambition de diffuser de nombreuses informations sur le thé japonais que j'ai débuté ce blog. Vous y trouverez les éléments les plus importants de l'histoire du thé au Japon, ainsi que des infos sur les divers types de thés japonais, régions productrices, etc.

Aussi, vous pouvez retrouver en ligne ma sélection de thés grâce à la boutique Thés-du-Japon.com.

Très bonne lecture, j'espère que mon modeste blog donnera au plus grand nombre l'envie de se familiariser de plus près avec ce produit d'une grande profondeur qu'est le thé japonais !

English version of some posts here in Japanese Tea Sommelier blog

samedi 14 juillet 2018

Sencha de Wazuka cultivar Gokô

Chaque année je propose un sencha non ombré de Wazuka (Kyôto) du très talentueux M. Kagoshima. Il y a deux ans en particulier, je proposais son Saemidori, vraiment formidable. Mais la bonne réputation de ce producteur et le succès trop important du cultivar Saemidori ont fait que depuis l'an dernier ce thé est devenu bien trop cher selon moi, en tout cas un prix que je ne veux pas mettre dans ce cultivar. Je m'étais replié sur un oku-midori, bon, classique, mais peu original. Avant de me rappeler que M. Kagoshima produit aussi du Gokô, cultivar que j'estime énormément, et qu'il produit non ombré qui plus est !


En effet, Gokô est un cultivar local, sélectionné à partir de théier "zairai" de Uji. C'est une variété considéré comme destinée aux thés ombrés, et essentiellement utilisé, pour notre plus grand bonheur, pour les gyokuro hauts de gamme.
Comme je le répète souvent à propos des "thés du Uji" (= thés produits dans le département de Kyôto, puis de Nara, Mie, Shiga, sous certaines conditions en blend) les vrais sencha non ombrés sont rares, en effet, à Uji on ne parle de kabuse-cha qu'au delà de 14 jours d'ombrages.
Bien évidemment, avoir un Gokô non-ombré est une chose encore plus rare. Et surtout, le résultat est à la hauteur des attentes, c'est à la fois un excellent sencha et un excellent Gokô, et par conséquent l'une de mes très grosses recommandations pour cette année.

La préparation de ce sencha, sans être difficile, demande un peu d'attention.
Si l'on choisi d'utiliser de l'eau autour de 70°C pour la première infusion, on pourra verser un peu moins d'eau que d'habitude pour 4 g de feuilles, je dirais 60-65ml, et laisser infuser une grosse minute. Néanmoins on pourra aussi utiliser de l'eau plus chaude, 80-85°C, en veillant cette fois ci à utiliser un dosage plus généreux de 70-80ml (le b.a. ba en fait).

Le résultat c'est un sencha qui sent bon le Gokô !
Aussi bien au nez qu'en bouche on retrouve ses arômes fruités particuliers qui évoquent les fruits confits, le raisin sec, la figue. L'espace d'un instant, on s'attend à recevoir en bouche la liqueur épaisse et pleine d'umami d'un bon gyokuro de Uji, puis c'est au contraire un thé tout en retenu, savoureux et complexe, mais léger et rafraîchissant, avec un touche subtile d'umami, et une astringence très légère voire absente selon la préparation.

Les infusions suivantes confèrent les même sensations aromatiques douces et fruités, une liqueur toujours légère et fluide, peu d'astringence, et un after gourmand, long et fruité.

Vous l'aurez compris, j'aime tout particulièrement ce sencha. Au delà de ses évidentes qualités gustatives, il constitue aussi un élément d'étude intéressant de ce cultivar essentiel qu'est Gokô, en en donnant un bel exemple non ombré face aux kabuse-cha et gyokuro, qui par ailleurs arriveront sur Thés du Japon en août et septembre.
Les cultivars de Uji sont peu sortis de ce département, pourtant certains comme Gokô et Uji-midori en particulier sont des variétés de grandes valeurs qui mériteraient d'être plus exposés, et surtout de ne pas s'effacer au profit des variétés récentes comme Saemidori qui ne semblent viser que l'umami et une couleur verte, sans forte caractéristique aromatique.

Pour le plaisir des yeux, je fini par les jolis paysages de Wazuka depuis les plantations de M. Kagoshima. 

dimanche 8 juillet 2018

Tamaryokucha de Ureshino, cultivars Sayama-midori et Yabukita

Voici deux tamaryokucha de Ureshino par M. Ôta, producteur avec qui je travaille maintenant depuis de nombreuses années, et qui à la particularité rare dans cette région et avec ce type de thé de pratiqué des étuvages courts, sur des feuilles non-ombrées.
Le "mushisei tamaryokcha" 蒸し製玉緑茶, parfois appelé "guricha" ou "mushi-guri", est un type de thé inventé dans les années 20 et destiné alors à l'exportation (j'invite ceux qui sont surpris par cela à fouiller dans mon blog au sujet de l'histoire du thé japonais). Alors que les exportations de sencha étaient en grande perte de vitesse vers l'occident, il s'agit alors de s'ouvrir de nouveaux marchés vers les pays musulmans proches de l'Union Soviétique, consommateurs de thé vert chinois, de type kama-iri donc. L'industrie du thé au Japon s'étant développée autour du thé étuvé, il fallait créer un thé étuvé qui ressemble à du kama-iri cha. L'idée est donc de supprimer la phase finale de roulage/séchage du sencha qui roule les feuilles en forme d'aiguille (seijû 精揉) et de la remplacée par d'autres phases de séchage direct en tambour.
Par conséquent on a alors un thé aux arômes plus chauds, aux impressions de torréfactions plus fortes.

De nos jours, ce type de thé reste peu répandu, essentiellement produit à Ureshino (dép. de Saga), Sonogi (dép. de Nagasaki) et un peu à Numazu (Shizuoka, où il est présenté comme un produit de Izu servi dans nombre de ryokan localement).
Aussi, la plupart sont de type "fukamushi" (très brisés, il est difficile de reconnaître leur forme caractéristique) très souvent ombrés, les faisant ressembler à des fuka ombrés comme on en trouve beaucoup à Yame par exemple.
Ainsi, pour revenir à mes deux thés du jour, les tamaryokucha de ce producteur peuvent sembler assez particuliers même s'il ressemblent probablement plus aux guricha des origines (que cela soit une bonne chose ou non n'est pas le propos). Il ombre certains de ces thés, mais dans ma démarche, j'ai décidé de ne présenter cette année que des non-ombrés (pour des tamaryokucha plus dans l'ère du temps, je m'appuie désormais sur ceux de Sonogi, par un autre producteur très connu).

Il n'est nul besoin d'expliquer Yabukita. En revanche Sayama-midori est moins connu. Il s'agit bien de Sayama-"Midori", pas le plus répandu Sayama-"kaori".
Sayama-midori est l'un des 15 premiers cultivars à avoir été enregistré en 1953. Numéro 5 sur cette liste historique, il est issu d'une sélection à Saitama parmi des graines de théiers "zaira" de Uji. Il a alors connu semble-t-il un certain succès avant que l'on passe dans les années 60-70 au tout-Yabukita. Aujourd'hui il est extrêmement rare.



Oku-musashi - Sayama-midori

La petite plantation de Sayama-midori de notre producteur de Ureshino se trouve au sommet d'une petite montagne à 450m d'altitude, juste à côté de sa plantation d'un autre cultivar rare et ancien Oku-musashi, qui est justement un croisement de Sayama-midori et de Yamato-midori (autre cultivar de la liste de 1953, issu d'une graine de Nara).
Sayama-midori - Yabukita
Ce tamaryokucha Sayama-midori confère une impression ronde et sucrée, moelleux et chaleureux. Il est très doux en bouche, sans aucune astringence, plutôt léger aussi. Les arômes évoquent les fruits rouges sucrés, la framboise, mais aussi le pain grillé et même une petite note beurrée. Ce thé a quelque de chose de réconfortant et d’étrangement raffiné. Une infusion très chaude fera ressortir fortement un parfum chaleureux de torréfaction.


A côté de cela, le Yabukita paraît bien plus incisif. Plus vert, on y trouve des arômes d'herbes aromatiques, de menthe, un peu de noisette grillée aussi.En bouche, on note un peu d'astringente malgré une impression générale là aussi sucrée. En after, on trouve des notes plus végétales de légumes cuits, mais qui restent légers, très différents de ce que peut proposer un sencha.
Au fil des infusions, ce guricha se fait plus calme, très fluide, l'astringence semble même s'effacer.

En première impression, le Sayama-midori est bien plus charmant que le Yabukita, pourtant au bout de trois infusions, ce dernier se montre plus fluide et raffiné.
L'un est l'autre ont une solide longueur en bouche, qui, sans lourdeur, laisse une sensation léger et agréable.
Cet article arrive alors qu'il ne reste plus beaucoup de stock du Sayama-midori dont je n'ai pu avoir que quelques petits kilos.