Bienvenue à toutes et à tous

C'est avec l'ambition de diffuser de nombreuses informations sur le thé japonais que j'ai débuté ce blog. Vous y trouverez les éléments les plus importants de l'histoire du thé au Japon, ainsi que des infos sur les divers types de thés japonais, régions productrices, etc.

Aussi, vous pouvez retrouver en ligne ma sélection de thés grâce à la boutique Thés-du-Japon.com.

Très bonne lecture, j'espère que mon modeste blog donnera au plus grand nombre l'envie de se familiariser de plus près avec ce produit d'une grande profondeur qu'est le thé japonais !

English version of some posts here in Japanese Tea Sommelier blog

jeudi 29 janvier 2015

Nihoncha Award, nouveau concours ?

J'ai déjà évoqué dans ces pages le Nihon-cha Award, mais il ne me semble pas en avoir parlé en détails.

Il s'agit d'un nouveau concours lancé en 2014, dont l'idée est de se tourner vers les consommateurs. En effet, les concours ''officiels'', créés au 19ème siècle dans le but de promouvoir des techniques de haut niveau de fabrication du sencha, alors important produit d'exportation, se focalisent sur des critères fixes, récompensant les thés ayant le moins de défauts possible, au détriment de la personnalité. Exemple frappant, impossible pour un sencha fabriqué avec un autre cultivar que Yabukita d'obtenir une bonne place dans ces concours. De plus, ce ne sont pas des thés ''finis'', mais des thés ''bruts'' (aracha) qui y sont présentés. De fait, ce ne sont pas les thés qui reçoivent une récompense, mais le producteur et son savoir-faire. Bref, ces compétitions ne sont pas des mauvaises choses, mais elles ne sont guère tournée vers le dehors et n'ont que peu d’intérêt pour le consommateur.

Ainsi, avec les Nihon-cha Award, ce sont des thés finis, c'est à dire tel qu'ils sont mis en vente au détails, qui concourent. Aussi, producteurs, grossistes, détaillants, tous les acteurs de l'industrie peuvent y inscrire des thés. Et l'accueil fut excellent : près de 600 thés furent présentés, alors que les organisateurs en attendaient moitié moins.

Il s'agit d'une toute nouvelle initiative et beaucoup de choses vont probablement changer lors de éditions suivantes, mais le tout était séparé en deux grandes catégories : les thés du goût et les thés du parfum. Je dois dire que d'un point de vu personnel je n’adhère pas à ce concept, car goût (bouche) et parfum (nez) me semblent être composantes d'un tout et je ne pense pas que l'on doive considérer un thé pour l'un plus que pour l'autre.
Bien évidemment dans chacune des catégories, goût et parfum rentrent dans la notation, mais pas à proportion égale.

Durant l'été, un nombre important de grands professionnels du thé japonais ont effectué sur deux jours les examens de tous ces thés selon la méthode anglaise (méthode internationale, la plus répandu, sauf en fait au Japon ou l'on utilise la méthode dite américaine). Bon, sont notés 'aspect des feuilles', 'aspect de la liqueur', 'goût' et 'parfum', cela ne change pas des concours traditionnels, sauf que leur critères ne s'applique (en principe) pas. Je dis en principe car quand un examinateur habitué au compétitions officielles examine un sencha ou un kabuse par exemple, il y a de forte chance que le naturel revienne au galop... Je pense qu'il y aura peut être des choses à revoir, à commencé par le fait de faire participer des professionnels du vin, du café, etc.
Parmi cette quantité affolante et très variée (oui, point important, il n'y a pas que des thés verts, loin de là) de thés seront sélectionnés pour la catégorie goût,
4 sencha, 3 fukamushi sencha, 1 tamaryokucha, 1 kabuse, 1 kama-iri
pour la catégorie parfum,
3 sencha, 2 hoji-cha, 1 kama-iri (!!), 3 thés oxydés (thés noirs et wulong)

Donc, au total 19 thés qui furent présenté en blind test au public en décembre (sur reservation, dans la limite des places).
Parmi ces 19 thés, on y trouve
- le sencha Oku-midori de Miyakonojo (Miyazaki) présent sur Thés du Japon en première place des sencha de la catégorie 'parfum' !! Il a aussi reçu le premier prix des jurés. Il est suivi par deux sencha de Hon.yama, l'un et l'autre cultivar Sofu (dont celui de M. Tsukiji).
- le kama-iri cha de la catégorie parfum le Fuji-kaori deUreshino lui aussi dans ma sélection Thés du Japon (mais en rupture de stock).
- le kabuse de la catégorie goût est un gyokuro cultivar Fuji-midori de M. Takaki (de Yame), dont le gyokuro Yamakai est sur Thés du Japon.
- le kama-iri cha de la catégorie goût est un thé de Kumamoto de M. Ihara, très poche de celui présent du Thés du Japon.
- En 4ème place des sencha de la catégorie goût, un superbe Yabukita de montagne de Kawane de M. Tsuchiya, dont vous allez réentendre parlé sous peu...
(Aussi, il y avait une catégorie annexe ''natural flavor'', accueillant n'importe quel thé parfumé naturellement, le genmaicha en premier lieu).

Je n'ai donc pas manqué de m’inscrire pour participer au vote final du public (même si je suis en rapport avec un nombre important de personne en compétition, n'ayant pas moi-même fait concourir des thé, pas de problème m'a-t-on dit).

Je passerai sur la façon dont se déroule le blind test (là encore il y a des choses à améliorer), pour annoncé le podium :
Grand prix : tamaryokucha de Nagasaki, composé sur la base de Asatsuyu (cat. Goût)
Prix spécial catégorie goût : un sencha Sae-midori de Yame
Prix spécial catégorie parfum : un thé noir de Gokase (Miyazaki)

On est assez loin du classement que j'aurai fait. Pas de beaux sencha de montagnes. C'est la choix du public, il n'y a rien à redire. Tous les thés présentés étaient de toute façon excellent (il n'y a que le thé noir de Gokase que j'ai personnellement trouvé pas loin d'être imbuvable ! Comme quoi) Néanmoins, il me semble que le résultat reflète la tendance actuelle, les deux thés verts sont des thés avec beaucoup d'umami, une liqueur très verte, et je dois dire que ni l'un ni l'autre ne m'avait spécialement marqué. Par ailleurs, que l'on ait un Asatusyu et un Saemidori (croisement Asatsuyu et Yabukita) est intéressant.

Pour finir, il me semble aussi que les thés verts devraient être séparés du reste, qui pourrait formé une catégorie rappelant un peu la catégorie ''free style'' ajoutée dans les années 70 aux concours officiels et qui deviendra la catégorie ''fukamushi''.
Mais le principal est avant tout que même s'il y avait beaucoup de gens plus ou moins lié au monde du thé parmi les participant, l'initiative fut un grand succès, attira énormément de monde, ce qui honnêtement, dans le Japon d’aujourd’hui, avec du thé japonais, n'était pas gagné d'avance.

Pour la prochaine édition, peut être essayerai-je d'y présenter quelques thés......

Un peu par hasard, j'ai pu déjeuné avec M. Matsuo, producteur du tamaryokucha ayant obtenu le 1er prix du public. Avec en prime un petit échantillon.
Il s'agit d'un tamaryoku cha à l'étuvage plutôt important, disons que c'est un tamaryokucha moderne, très brisé. 

C'est blend contenant en majorité Asatusyu.
Le parfum des feuilles est remarquable, parfaite équilibre entre torréfaction et les parfums à la fois doux et végétaux de Asatsuyu.
La liqueur infusée est tout aussi parfumée, franchement agréable si on n'est pas réfractaire aux parfums de ce type. 

 
En bouche c'est aussi excellent, sans lourdeur, de la douceur, de la profondeur, le blend fait que les caractéristiques de Asatsuyu sont un peu arrondies.
L'after est juste bien, et en chargeant bien (c'est un thé qui ne deviendra que difficilement astringent) on arrive à une longueur correcte, mais clairement, là n'est pas le point fort de ce thé. 
 
Il n'y a pas de doute, c'est du très haut niveau, mais je pense que parmi les 19 thés, il y avait aussi franchement mieux. Il faut aussi dire que la façon dont s’enchaîne les tasting ne laisse pas le temps de ressentir les subtilités de chaque thés, et que les thés punchy, très vert, facile à comprendre avec beaucoup d'umami ont un avantage certain. (de même que l'ordre de passage)
 

jeudi 22 janvier 2015

Objets en étain japonais Ôsaka-Naniwa

La fabrication d'objets en étain au Japon remonterait à plus de 1300 ans. Des étains sont conservés au Shôsô.in (Tôdaiji) de Nara. C'était, aux côtés de l'or et de l 'argent un métal précieux très prisé chez les nobles et dans les sanctuaires prestigieux.
On retrouve fréquemment soucoupes et jarres en étain lors de la cérémonie du sencha, pratique qui se cristallise au 19ème sous l'influence de la pratique du thé des lettrés des 17ème et 18ème siècles (eux même influencés par la Chine des Qing, voir à ce sujet ce billet de Stéphane de Tea Masters). Aujourd'hui ils sont souvent remplacés par des objets en inox du fait du prix important des étains.

Il s'agit d'étains Ôsaka-Naniwa suzu 大阪浪華錫, un artisan de la ville d'Ôsaka dont les origines remontent à la fin du 17ème siècle.

Pour la fabrication d'objets en étain, tout d'abord, la forme générale est obtenue à l'aide d'un moule. Ensuite, à l'aide de sortes de gouges ou de couteaux l'artisan va tailler les différentes pièces d'étain pour obtenir leur forme définitive avec une très grande précision. Dans le cas d'objets cylindriques, on utilise un tour (comme pour le façonnage de la pièce de bois qui compose les laques par exemple). Ensuite, les différentes pièces sont assemblées.
Ensuite, s'il y en a, les motifs sont peints au pinceau (avec de la laque?). Ce sont les parties qui resteront brillantes après trempage dans une solution acide qui va attaquer l'étain, rendant rugueuse les parties non peintes. On appelle ce procédé ''ibushi''. Enfin, l'étain est enduit de laque noir ou rouge. (bien sûr, ces phases ne s'appliquent pas aux étains ''migaki'', laissés brillants).

Ce sont tout simplement de splendides objets, la précision des couvercles, la minutie des coupes et tailles sont franchement impressionnantes.

Boites et jarre
























 Bouilloire










 Soucoupes (ovale et ronde)