Bienvenue à toutes et à tous

C'est avec l'ambition de diffuser de nombreuses informations sur le thé japonais que j'ai débuté ce blog. Vous y trouverez les éléments les plus importants de l'histoire du thé au Japon, ainsi que des infos sur les divers types de thés japonais, régions productrices, etc.

Aussi, vous pouvez retrouver en ligne ma sélection de thés grâce à la boutique Thés-du-Japon.com.

Très bonne lecture, j'espère que mon modeste blog donnera au plus grand nombre l'envie de se familiariser de plus près avec ce produit d'une grande profondeur qu'est le thé japonais !

English version of some posts here in Japanese Tea Sommelier blog

mercredi 15 janvier 2020

Musashi-kaori, Sayama et Hon.yama

Faire une comparaison entre deux thés différents, différentes régions, différents producteurs, faits à partir d'un même cultivar est toujours très intéressant. Cela l'est d'autant plus pour l'amateur averti lorsqu'il s'agit d'un cépage très rare comme Musashi-kaori. J'en propose un de Sayama (Saitama) et un de Hon.yama (Shizuoka).
Comme son nom l'indique, Musashi-kaori (la plaine de Musashi désigne pour parti l'actuel département de Saitama) provient de "Sayama" juste au nord de Tokyo. On sait le centre de recherche de Saitama (qui se trouve à dans la ville de Iruma là où se trouve la plus importante aire de production du thé de Sayama) actif dans le développement de cultivars de thé. En effet, pour cette région au climat difficile, très chaud en été mais surtout très froid en hiver, avoir des cépages spécifiques est très important. Aussi, au delà de cet aspect purement climatique, lorsque ces cépages ont aussi des caractéristiques aromatiques intéressantes, cela devient un atout particulièrement important aujourd'hui. Si Sayama-kaori est de loin celui qui s'est le mieux répandu, présent dans tout le Japon, on en trouve aussi de vraiment formidables et évidents du point de vu du parfum, Fukumidori et Yume-wakaba en tête. Musashi-kaori est lui aussi singulier, mais moins évident, moins sexy pourrait-on dire, que les ceux cultivars susnommés. Pourtant, ce Musashi-kaori possède une grande force, et mérite l'attention des connaisseurs.
Enregistré en 1997, il est issu du croisement Yabukita x 27F1-73, ce dernier étant lui même issu de Sayama-midori (le tout premier cépage de Sayama enregistré en 1953 et sélectionné à partir d'un théier zairai de Uji) x Yingshu Hongxin (cépage taiwanais).


Commençons par le thé de Sayama, un sencha provenant de Iruma, qu'il ne faut pas hésiter à préparer bien chaud, quitte à réduire le temps d'infusion.
La première impression est celle d'un parfum sucré mélangeant le boisé aux herbes sèches (la torréfaction est présente, sans être très forte) avec des nuances épicées, rappellent parfois le clou de girofle.
 En bouche,  l'infusion est bien charpentée, très présente, avec cependant très peu d'astringence et une impression sucrée plutôt qu'umami. En plus des arômes boisés et d'herbes sèches, on trouve aussi des notes plus végétales.
Rustique d'une certaines manière, puissant et riche, ce sencha n'en est pas moins très fluide.
C'est moins un changement qu'une complexification qu'apporte les seconde et troisième infusions. Viennent s'ajouter aux caractéristiques de la première infusion des notes plus florales avec des arômes plus tranchant et vif, une agréable et fraîche sensation "savoneuse".
L'impression sucrée et chaleureuse reste dominante avec toujours un after profond et une grande longueur en bouche.

Le Musashi-Kaori de Hon.yama (nous sommes dans le secteur de Uchimaki, encore tout proche du centre de Shizuoka mais au relief pourtant étonnamment accidenté) offre une expérience différente, sans être exempt évidemment de points communs. Comme celui de Sayama, les feuilles ont subi un flétrissement mais clairement plus important.
 On a d’emblée un parfum bien plus floral, un peu citronné et épicé (clou de girofle encore), où le caractère boisé et sucré semble passer en arrière-plan. Cet ensemble aromatique évoque aussi un agréable et rafraîchissant parfum de savon.
L'astringence est encore très légère mais on note cette fois une petite pointe d'umami. Là encore l'infusion est très pleine et présente en bouche mais très veloutée.  

Ici, compte tenu de la richesse déjà grande, les seconde et troisième infusions sont dans la continuité, toujours très aromatiques (peut être un peu plus fruitées) et veloutées.

Ce qui ressort en premier lieu de cette double dégustation est un cultivar Musashi-kaori très puissant. Beaucoup d'arômes, de goûts, de persistance, etc. Une absence d'astringence marquée et une présence sucrée importante sans umami mis en avant. Le boisé et l'épicé semblent être des arômes communs mais dans le détails, ces deux sencha s'expriment de manières bien distinctes aussi.
Rustique et chaleureux, celui de Sayama est puissant mais très fluide, et peut ainsi être préparé très chaud et être consommé à grosses goulées. Celui de Hon.yama est du point de vu aromatique plus foisonnant encore, puissant il procure une infusion qui n'est en aucun cas lourde, mais plus veloutée que fluide.

Musashi-kaori n'est décidément pas un cultivar lambda, il est bien singulier, peut-être pas à être mis entre toutes les mains (sur tous les palais ?) mais en tout cas extrêmement intéressant et plein de possibilités.





 


samedi 4 janvier 2020

Kamairicha mystérieux de Fujieda

Le domaine de M. Koyanagi à Fujieda (Shizuoka) est connu pour être celui qui a vu naître avec le concours du chercheur Morizono Ichiji le cultivar Fujikaori.
Mais le thé que je présente en ce début d'année 2020 est un peu plus mystérieux, il s'agit d'un kamairicha fait à partir d'un cépage à priori inconnu, le producteur ayant reçu d'un centre de recherche de Kyûshû des boutures sans aucune explications. Il en a néanmoins constitué une petite plantation lui ayant donné un thé tout à fait singulier.
Il est vrai que le parfum ne ressemble à pas grand chose de connu, et que l'aspect des feuilles sur les théiers est aussi singulier. Les feuilles sont longilignes, et de couleur sombre.
S'agit-il d'un cépage enregistré ou bien d'un de ces nombreux cépages ne sortant jamais de centres de recherche où ils servent uniquement dans des croisements ? Il faudra que je mène une petite enquête, il y aura j'espère bien quelqu'un pour mettre un visage sur ces feuilles...



Le parfum est pour le moins déroutant. Très agréable mais difficile à identifier. Indubitablement, on y trouve essentiellement de la fleur, plutôt douce et sucrée, presque grasse. Pourtant, il y a aussi quelque chose de fruité, avec des légères notes de raisin blanc et de lychee.

Sur le palais, cette infusion est ronde et soyeuse, pas d'umami bien sûr, mais rien de tannique non plus, en première infusion en tout cas. Ce thé est ainsi plutôt léger, mais surtout très aromatique. On retrouve alors ces arômes déroutants d'abord perçus au nez.
Les infusions suivantes, très chaudes, font ressortir des parfums plus piquants qui m'évoquent la citronnelle.
Voilà donc un kama-iri cha singulier, très aromatique, tout en parfum et en retro-olfaction. Trop particulier, trop parfumé pourrait-on dire, pour en faire un thé du quotidien, il est cependant très enivrant et constitue une récréation de choix au milieu de sencha et autres kamairi plus classique.

samedi 21 décembre 2019

Thé noir de Sashima, 2nd flush, cultivar Sayama kaori

Suite à mon dernier article sur le formidable thé noir de Kameyama cépage Benihomare, je continue sur ma lancée avec cet autre thé noir, de Sashima cette fois, avec le cépage Sayama-kaori, en récolte d'été.
Sashima est pour rappel une petite région productrice de non loin de Tokyo, dans le département de Ibaraki.
Le thé noir de Sashima est particulièrement mis en lumière depuis quelques années pour le thé noir Izumi de M. Yoshida, mais il s'agit là d'un autre producteur, M. Hanamizu, qui fait aussi des merveilles.

Bien que très simple, ce thé noir est une véritable merveille de gourmandise.
Sa belle infusion fleure bon le miel et le caramel. Le parfum est ainsi très sucré, mais avec une subtile pointe acide donnant plus de volume. On trouve aussi des notes de cacao.
En bouche ce thé est tout aussi gourmand, avec des arômes très fidèles à ceux qui ont déjà flatter notre odorat. Bien sûr, cette caractéristique sucrée n'est en rien lourde, l'infusion est très fluide et l'on retrouve la texture d'un vrai bon thé noir avec avec des tannins légers et élégants.
Ce thé a du corps et la longueur est au rendez-vous.

Enregistré en 1971, Sayama-kaori est à l'origine un cultivar à sencha, connu pour son parfum particulier, mais aussi sa tendance à une astringence marquée. S'il est difficile de reconnaître là le parfum de Sayama-kaori, la dominante de miel provenant probablement des morsures d'insectes "unka", il est en revanche aussi probable que ce cépage donne une base tannique tout à fait désirable pour la confection de ce type de thé noir à l'oxydation importante.
D'une manière plus générale, il est intéressant de voir les cépages considérés comme destinés au thé vert donnent des thés noirs parfois excellents  lorsque la manufacture est bien faite, en particulier dans ce type de fabrication de style chinois plutôt qu'indien.
Avec beaucoup de cépages, beaucoup de tendance de fabrication, le thé noir japonais n'a je pense pas fini de nous surprendre.

lundi 16 décembre 2019

Thé noir de Kameyama, cultivar Benihomare 1st

Encore une fois et ce n'est pas fini, je vais parler d'un genre qui me passionne particulièrement ces derniers temps : le thé noir. Et pas n'importe lequel cette fois puisqu'il s'agit d'un Benihomare.
Benihomare (prononcez Bénihomaré) est le cépage historique au Japon, pour le thé noir bien sûr, mais pas seulement puisqu'il est issu d'une sélection parmi les théiers dits "Tada-inzatsu", enfants des théiers issus des graines ramenées d'Inde par Tada Motokichi en 1877, première expérience de ce genre au Japon.
C'est dans les années 30 qu'il est sélectionné, nommé alors C8, et est planté avec d'autres cépages à thé noir de type Tada-inzatsu, dans diverses régions pilotes, dont Kameyama dans le département de Mie, d'où provient mon thé du jour.
En 1953, on procède à la première série d'enregistrement officiel de cépage à thé, avec 15 cultivars, dont 5 à thé noir ! C8 est nommé Benihomare, numéro 1 de la liste. On trouve évidemment dans cette liste Yabukita ou encore Asatsuyu.
Benihomare a servi pour faire création d'autres cépages à thé noir, Benifuji et Benifûki, ou encore Izumi.
Bien qu'il fut reconnu pour sa qualité dans le concours locaux, ainsi même qu'à Londres où furent envoyés des échantillons, les échecs de la production du thé noir au Japon puis la libéralisation du commerce international du thé sonnèrent le glas
de ce cépage ainsi que des autres cépages à thé noir.
Avec quelques théiers Benihomare restant à Kameyama, ce thé noir revis depuis 2011.

Je voulais pouvoir présenter avec Thés-du-Japon ce Benihomare de Kameyama, j'ai pu avoir un tout petit peu de ce first flush 2019 cette année.

De prime abord, le parfum, très agréable, semble très simple, ou tout du moins très classique dans le bon sens du terme. Pourtant, avec peu plus d'attention, on remarque comme la senteur de ce thé noir est riche, sucrée et vanillée, avec des notes boisées, une touche de pamplemousse aussi.

En bouche c'est très équilibré, avec suffisamment de corps, mais pas excessivement fort. La première impression est celle d'une infusion très fluide, avec ensuite juste de ce qu'il faut de tannique, l'astringence est présente mais très raffinée. Restent alors en bouche des arômes légèrement boisés encore, mais surtout sucrés, évoquant des bonbons aux agrumes.
L'ensemble donne une impression de fraîcheur qui contraste tant avec la richesse aromatique qu'avec le corps de ce thé Benihomare.

Ce thé noir peut sembler un peu trop cher, il n'est pas certes pas aussi spectaculaire que les Izumi (cépage sélectionné à partir de graines de Benihomare rappelons-le) de Sashima, mais il fat preuve néanmoins d'une qualité globale élevée, avec des arômes suffisamment typiques et en même temps très classiques, très "thé noir" d'un point de vue international. C'est pour moi une chose importante de pouvoir avoir un thé noir qui puisse se rapprocher de choses standards avec une typicité japonaise subtile.

mardi 26 novembre 2019

Tamaryokucha de Sonogi, cultivar Samidori

A mon tamaryokucha de Sonogi (département de Nagasaki) cultivar Asatsuyu, est venu s'ajouter ce mois-ci un autre tamaryokucha du même producteur, fait avec le cépage Samidori. Il ne s'agit pas de Saemidori, mais bien de Samidori, cultivar auquel sont familiers les amateurs de matcha et de gyokuro de Uji. Samidori est en effet une variété développée à Uji à partir d'une graine de théier zairai indigène, et très utilisée aussi bien pour le gyokuro que le tencha (matériau brut du matcha), mais très rare en dehors du département de Kyôto.

Mais profitons de ce thé pour rappeler brièvement ce qu'est un tamaryokucha.
D'une manière générale, même si l'on parle parfois de mushisei-tamaryokucha (étuvé) et de kamairisei-tamaryokucha (torréfié), par ce terme c'est le premier, étuvé donc, qui est désigné (pour le second on parle en général simplement de kama-iri cha). Le tamaryokucha, disais-je, est comme la plupart des thés japonais un thé vert étuvé. Il peut être ombré ou non, mais l'est le plus souvent aujourd'hui. La différence majeure avec le sencha est que la dernière (seijû) des quatre phases de malaxage de ce dernier, celle qui donne aux feuilles leur forme d'aiguille, n'est pas faite. Ainsi, pour combler ce moins en terme de séchage, la phase précédente (chûjû) est en générale plus forte, avec donc un effet de la chaleur plus important. Aussi, des phases supplémentaires de séchage (suikan et saikan) sont effectuées, là encore sans malaxage et seulement effet de la chaleur dans des tambours.
C'est pourquoi les tamaryokucha, en plus de leur forme caractéristique, ont souvent un parfum plus chaleureux, sucré, de torréfaction, même quand le séchage final lors du raffinage du thé est faible.
Cette méthode de fabrication fut inventée dans les années 20 pour l'exportation, dans le but de permettre la production de thé dont la forme puisse être mélangé avec du thé vert chinois tout en utilisant les infrastructures en place destinées au thé étuvé.
Le tamaryokucha, parfois appelé guri-cha, reste un genre tout à fait marginal en terme de quantité de production.

Retour à mon Samidori. Si l'étuvage reste de type fukamushi, longuement étuvé, les feuilles sont bien moins brisées que celles du Asatsuyu. Il est également ombré.
Leur parfum est en effet chaleureux et sucré, très légèrement végétal, avec une densité particulière rappelant presque du jus de viande au beurre.
L'infusion, au nez, est très fidèle à ce que nous faisaient ressentir les feuilles sèches. On n'y ressent cependant peu ou prou de végétal, et un peu de vanille.
 En bouche nous avons un thé très riche, complexe, mais où l'umami est ce qui arrive en premier lieu. Pourtant, cet umami, bien moins brut que sur l'Asatsuyu, est ici plus élégant, évoquant celui des algues sèches yaki-nori.
Malgré le plénitude des arômes sucrés, ce Samidori est très fluide, là encore se démarquant clairement de la relative épaisseur du Asatsuyu. On y retrouve également moins d'arômes végétaux.

Enfin, ce tamaryokucha ne développe absolument aucune astringence. (moins malaxés que les sencha, les tamaryokucha tendent en effet à plus de douceur, participant, avec l'ombrage donnant plus d'umami, à un accueil souvent très favorable du grand public et des débutants)

Pour conclure, bien qu'il s'agisse du même producteur, et qu'on y retrouve des grandes lignes proches, caractéristiques de ce type de thé, dans le détail, ce Samidori possède une personnalité très différente, plus subtile et raffinée pourrait-on dire, que celle du Asatsuyu. Ils ne sont ainsi pas redondants, et très intéressants à découvrir, ou redécouvrir en parallèle à la lumière des mes explications concernant le tamaryokucha.

lundi 18 novembre 2019

Sencha de Mariko, cultivar Kondô-wase, bis

L'automne fut particulièrement riche en évènements et en salons si bien qu'il me fut difficile d'alimenter mon blog comme je l'aurais dû. Il était difficile de passer à côté des très rares matcha faits à partir des cépages Hôshun et Kyôken-283, mais il y avait pourtant bien des sencha de Sashima (sans bien sûr parler des incroyables thés noirs Izumi) ou bien le Fukumidori de Sayama, etc qui auraient mérité un article, mais allons de l'avant pour évoquer aujourd'hui un nom qui n'est pas inconnu : le sencha Kondô-wase de Mariko à Shizuoka.

Kondô-wase est un cépage non-enregstré, très rare (seuls deux producteurs l'utilisent), de type "inzatsu". Il s'agit, comme Sôfû, d'un croisement entre Yabukita et Inzatsu 131 (lui-même croisement entre un théier japonais, et une variété indienne, Manipuli 15).
C'est aussi un cultivar très hâtif, qui depuis quelques années est le tout premier sencha de l'année à Shizuoka. Ainsi, on le retrouve en avril dans ma sélection. Or, celui-ci, bien que provenant du même producteur, même plantation, ne provient cependant pas du même lot. Il s'agit d'une récolte ayant lieu les jours suivants (alors qu'au printemps, celui que je propose ne vient que du tout premier jour de récolte).


Avec ce caractère très hâtif exceptionnel, il sera dommage de ne pas proposer ce sencha Kondô-wase en tant que shincha, pourtant, en tant que cépage "inzatsu", si particulier sur la plan olfactif, il est évident que quelques mois de maturation apporteront des arômes bien plus riches.
C'est ainsi que me voilà cette année avec un Kondô-wase plus "mature".
Je dois dire que ce thé n'a pas trahi mes attentes.
Tout d'abord, c'est un thé à préparer bien chaud, au moins 80°C pour la première infusion.
Si au nez les doux arômes de cépage type "inzatsu" apparaissent déjà, sur le palais et en rétro-olfaction c'est un déluge d'arômes typiques et si uniques.
Ces arômes sucrés sont riches et complexes, mais c'est le raisin blanc qui domine.
En arrière-plan il y a une note végétale, plutôt légume cuit qu'herbe fraiche, où je verrais une impression de petit-pois.
L'aspect raisin blanc faibli un peu au file des infusions (on en fera quatre, toutes vraiment pleines et délicieuses) pour gagner en floral, évoquant ainsi un peu le jasmin. On trouve aussi des notes discrètes de vanille.
A la différence d'un Inzatsu 131, ici rien de piquant, on est toujours dans la douceur.

Ce qui est notabe, surprenant même, c'est la relative force de l'umami, et alors qu'on considère souvent les cépages de type "inzatsu" comme plutôt astringents, non seulement l'umami reste présent au file des infusions même très chaudes, et l'on ne perçoit pour ainsi dire pas d'astringence.
 Ce sencha est clairement le clou de mes nouveautés de novembre. C'est un très grand thé, très profond, doux et pur, puissant, avec un caractère bien marqué et reconnaissable. 

jeudi 17 octobre 2019

Matcha 2019 et premières (?) mondiales

Avec l'arrivée des nouveaux matcha, je me vois chaque année, comme pour le gyokuro, à répéter la même chose. D'une manière générale, et quasiment comme une règle à Uji (Kyôto), jamais on ne sort les nouveaux matcha (tencha) au printemps. Pas de shincha pour ces thés là, car considère qu'ils ont besoin de maturation pour être consommable. Ainsi, c'est à l’automne que les matcha issus de tencha fabriqués au printemps de l'année commencent à être utilisés.
J'écris "utilisés" car proposer des matcha sans blend (c'est à dire provenant d'une seule plantation, un seul cépage, et une seule récolte) comme je le fait n'est pas courant, et que plus encore que pour les autres thés japonais, l' assemblage est la norme. Et en fait, à partir de l'automne, plutôt que de mettre en vente le matcha de l'année, on commence à intégrer celui-ci au matcha de l'année précédente, la proportion augmentant peu à peu au file de la saison. Cela permet d'avoir une stabilité de goût tout au long de l'année, et de palier au manque de force relatif qui caractérise encore les matcha de l'année à l'automne, pour les vrais matcha haut de gamme en tout cas (plantation non-taillée shizenshitate, donc récolte manuelle, ombrage sous tonnelle,  une seule récolte possible par an). Cette manière de faire est tout à fait applicable à du single origin, en ne mélangeant que les millésimes de l'année et de l'année précédente d'une même plantation. C'est dans l'idéal ce que je voudrais faire dans le futur avec les superbes matcha de Uji-Shirakawa de M. Tsuji, mais pour l'instant, à mon échelle cela est un peu compliqué. (pour ceux que cela intéresse pour comparaison, il me reste quelques boîtes des Asahi et Uji-hikari 2018)


Plantation shizen-shitate à Uji-Shirakaza, cépage Uji-hikari

Voici donc venir cette année encore les cépages Samidori, Asahi, Uji-hkari, et Gokô de M. Tsuji. Il s'agit bien sûr de matcha faits à partir de tencha cultivés en plantation non-taillée shizenshitate. Bien évidemment, avec ce type de plantation l'ombrage direct et la récolte mécanique sont impossibles.  Les théiers étant coupés très bas après la récolte, on ne peut pas non plus utiliser ces plantations pour des deuxièmes récoltes.
En fait, si ce type de culture devraient être la définition de base du "matcha", dans la réalité cela ne représente pas même 5% de ce qui est vendu dans le monde en tant que matcha ! (là encore je me répète, mais il est toujours bon de le rappeler, tant le matcha est probablement le type de thé japonais le plus massacré dans le monde sur l'autel de modes et des méconnaissances diverses).
Après, en 1ère récolte on trouve des matcha en plantation classique, ombrage direct, récolte mécanique, etc. Puis aussi des matcha de secondes récoltes (chose qu'on ne trouve pas pour le gyokuro, qui pourtant du point de vu de la culture répond aux mêmes méthodes et variations). Je passe sur le moga-cha (partiellement malaxé) et le aki-ten (tencha d'automne non ombré !!) qui ne devraient plus pouvoir être vendu en tant que matcha.

Je m'étais toujours tenu à la définition rigoriste du matcha avec seulement du shizen-shitate. Cette année je rajoute deux matcha, de 1ère récolte évidemment, mais en récolte mécanique, ombrage direct pour l'un, ombrage en tunnel pour l'autre.
Ce n'est pas tant pour proposer des matcha plus bon marché que pour présenter deux cultivars de Uji très rares que j'ai choisi ces deux thés.
Le premier est fait à partir de Hôshun, cépage relativement nouveau issu de Samidori, le deuxième à partir de Kyôken-283, plus ancien, non enregistré officiellement.

La mise en vente de matcha single origin faits avec ces deux cépages est peut-être une première mondiale !  C'est en tout cas une extrême rareté.
Compte tenu du manque d'expérience que l'on peut avoir sur ces cépages rares, il est naturel que personne ne s'y risque avec des matcha très haut de gamme de type shizen-shitate.


Le matcha Hôshun provient de Minami-Yamashiro. Comme noté plus haut, Hôshun est encore tout récent, enregistré en 2006. Il est encore peu utilisé, mais j'ai pu en voir tout de même en sencha non ombré, en gyokuro (voir ici), et donc en matcha maintenant. Issu d'une graine de Samidori, il est très hâtif, et semble plutôt destiné au gyokuro. On n'y verra pas de caractéristique très forte comme sur un Gokô ou un Uji-hikari, mais plutôt de l'équilibre, et plus de la légèreté. Difficile à dire sans une plus vaste expérience avec lui, mais Hôshun me semble cependant intéressent pour le matcha.

Voici donc un matcha relativement léger, velouté, avec un umami évidemment présent, mais pas écrasant. Peu ou proue d'astringence. Il est très long en bouche avec ses arômes crémeux, et (encore) un peu végétaux.
Très agréable aussi au nez, il ne faut pas s'y tromper, malgré l'impression aérienne qu'il peu donner, il possède suffisamment de corps. Néanmoins, sa fluidité, sa rondeur, son umami typique mais modéré en font une superbe porte d'entrée dans l'univers du matcha.


Avec Kyôken-283 de Wazuka (kyôken est une abréviation pour le centre de recherche départemental de Kyôto) on a un matcha au caractère tout à fait différent.
Sans que l'attaque soit agressive, ce thé possède une présence très forte. Sans astringence non plus, on y trouve un umami profond et prononcé, ce qui semble être une caractéristique de ce cépage rare, non enregistré officiellement. Sélectionné à partir de théiers indigènes zairai de Uji, Kyôken-283 semble avoir une personnalité plus marquée, avec des arômes de fruits rouges, surtout en after, évoquant même du raisin noir sucré.
Mis en comparaison du Hôshun, les différences aromatiques sont évidentes. Nous avons là deux matcha très abordables aux caractères différents, complémentaires, qui répondront à des envies, des moments de la journée différents.

Bien sûr, ces matcha récoltes mécaniques tiendront plus difficilement la comparaison avec les matcha shizen-shitate de Uji-Shirakawa, non pas en ce qu'ils pourraient être beaucoup plus âpres ou manquants d'umami, leur umami est tout à fait perceptible et ils ne sont pas spécialement tanniques, non pas même qu'ils manqueraient de force, mais simplement qu'ils ont moins de profondeur, moins d’élégance pourrait-on dire. Mais cela est finalement assez naturel.