Bienvenue à toutes et à tous

C'est avec l'ambition de diffuser de nombreuses informations sur le thé japonais que j'ai débuté ce blog. Vous y trouverez les éléments les plus importants de l'histoire du thé au Japon, ainsi que des infos sur les divers types de thés japonais, régions productrices, etc.

Aussi, vous pouvez retrouver en ligne ma sélection de thés grâce à la boutique Thés-du-Japon.com.

Très bonne lecture, j'espère que mon modeste blog donnera au plus grand nombre l'envie de se familiariser de plus près avec ce produit d'une grande profondeur qu'est le thé japonais !

English version of some posts here in Japanese Tea Sommelier blog

jeudi 17 juillet 2014

Shizuoka 2014, Ôhira

A Shizuoka, l'arrondissement Shimizu (ancienne Ville de Shimizu) n'est pas spécialement connu comme zone de production de thé, à part peut être Ryôkouchi qui connait une très relative notoriété, et le thé qui y est produit fini hélas bien souvent dans des blends. 

Cette situation ne plaisait pas beaucoup à M. Yamamoto. Il produit aujourd'hui avec beaucoup de soins des sencha à base de plusieurs cultivars, qui ne seront pas mélangés bien sûr. Ses plantations biologiques se situent à Ôhira, en amont de la rivière Okitsu-gawa, à presque 500m d'altitude.
En voici trois sur Thés du Japon.



Yabukita

Le premier de ces trois thés est le classique cultivar Yabukita.


Ces belles feuilles épaisses se présentent avec un puissant parfum sucré, très agréable, qui dénote une torréfaction relativement forte, mais très maîtrisée.
Après une infusion d'une minute à 80°C environ, on obtient une liqueur dotée d'un parfum tout aussi puissant, doux et sucré, un peu boisé.
En bouche c'est tout aussi puissant. La liqueur a une très bonne attaque. L'espace d'un instant on y ressent un pointe d'astringence, mais qui s'efface de suite devant la douceur très naturelle de ce thé. Les saveurs sont peut être simples, mais très équilibrées.
Pas de lourdeur dans ce sencha malgré sa force.
Sur les infusions suivantes, on ressent une petite montée dans l'astringence, mais il est remarquable de voir comme le nez reste puissant, avec ce parfum sucré et rustique.

Avec le Yokowasa, le Ôkawa, et le Ushizuma de Hon.yama, voici là un 4ème Yabukita de Shizuoka qui démontre donc lui aussi les qualités d'harmonie et de force de ce cultivar.


Kanaya-midori

Avec ce cultivar Kanaya-midori, nous des feuilles au parfum plus subtil, mais qui reste dans ce domaine de la douceur et de la torréfaction, un peu plus faible cette fois néanmoins. 


Après infusion, en effet, le parfum n'est pas aussi intense qu'avec le Yabukita, pourtant, avec ses notes florales et un peu beurrées au dessous des odeurs de torréfaction, ce sont des arômes complexes et profonds que nous donne ce thé.
Ce sencha est doux, mais tout en étant très veloutée, avec en fond des saveur un peu beurrées, la liqueur développe aussi en bouche une pointe astringente, voire d'amertume très stimulante qui lui donne beaucoup de profondeur.
Pourtant, sur les infusions suivantes, l'astringence reste très sage, et ce sencha conserve une rondeur gourmande, avec un parfum toujours bien présent.
On a un très intense retour sucré en bouche, avec une très bonne longueur.
Ce Kanaya-midori se laisse apprécier sur la durée. Ses arômes sont complexe et évoluent entre la première gorgée et l'évolution de l'after-taste dans la longueur.

Oku-yutaka

Il me semble que cet Oku-yutaka est celui qui joue le plus sur la rondeur, la douceur.
Les feuilles sentent moins la torréfaction, et on y trouve des senteurs sucrées vanillées. 


Le parfum de la liqueur est aussi plus discret et un petit coup de nez dans la théière nous donne un concentré plus fort de douceur, un peu de végétal, de tomate aussi (?!).
Nous sommes évidemment loin de la soupe d'acides aminés, mais on ressent dans la liqueur plus de cette douceur umami, et pas un poil d'astringence ni d'amertume. Ce sencha est donc dominé par la douceur, mais d'une façon calme, aérienne, sans agressivité, la liqueur coule de la manière la plus fluide en bouche, y laissant un after léger, mais long.
Une deuxième infusion plus chaude donne plus de punch à ces feuilles, en ajoutant à la douceur un peu estompée une fraîcheur vivifiante qui se développe en continue dans la bouche et la gorge aussi cette fois pendant plusieurs minutes. On gagne en profondeur.
Ce sencha Oku-yutaka est probablement le plus facile d'accès des trois, avec une première infusion très ronde, soyeuse, qui pourrait un peu laisser sur leur faim les amateurs de liqueurs punchy. Pourtant, 2ème et 3ème infusions apportent complexité et profondeur, comme ci de nouvelles dimensions venaient s'y ajouter.

Ce n'est pas seulement leur variété de saveurs qui distinguent ces trois sencha/cultivars, fabriqués par le même producteur, mais aussi leur façon de s'exprimer.
Voici comment je les perçois :
Yabukita : nez et bouche
Kanaya-midori : nez et gorge
Oku-yutaka : bouche et gorge


jeudi 10 juillet 2014

Shizuoka 2014, Tamakawa

Je contiue sur ma présentation des thés de Shizuoka (explications géographiques au début de cet article), avec cette fois encore des sencha de Hon.yama, mais qui proviennent de la zone appelée Tamakawa (autour de la rivière Tamakawa, confluent de la rivière Abe). Aussi, ces quatre thés sont fabriqués à l'usine coopérative de Yokosawa, par M. Tsukiji.


Tôbetto
 Cultivé à 800m d'altitude et cueilli manuellement sur des arbustes non taillés (essentiellement Yabukita), ce sencha est très différent des autres thés de Hon.yama, et même des autres productions de M. Tsukiji et de la coopérative de Yokosawa.
D’une part, la torréfaction est bien plus faible, mais cela n’est pas dû au producteur, mais les impressions, goûts et parfums ont un profil tout autre.
Il s’agit du plus haut de gamme des thés produits à la coopérative de Yokosawa, pourtant, ces feuilles magnifiques, qui n’ont pas grand chose à envier à certains temomi-cha, sont bien loin des standards des sencha de concours. Elles n’ont pas cette uniformité parfaite, mais absolument pas naturelle, de couleur. Ce constat simple en dit beaucoup sur la philosophie qui anime M. Tsukiji, fabriquer du thé sans rien faire de trop, juste tirer le meilleur de ce que leur nature / la Nature peut donner. 

Leur parfum est végétal sans être vraiment très vert. Il y a une texture sucrée légère, un fond boisé. Un peu déroutant, l’ouverture du sachet n’offre pas de déluge d’arômes de confiserie de certains autres sencha. C’est très pur et naturel.
C’est franc aussi, car cela se retrouve dans la tasse. Un parfum peu commun sans être extravagant, complexe mais sage. Pourtant, passées quelques dizaines de secondes, il s’échappe de la tasse (même vidée) et de la théière un fumé doux et sucré, subtil mais très net. 

 
Avec du très haut de gamme, on a souvent à faire avec des thés super boostés en acides aminés (théanine & co.) de véritables bouillons de douceur umami. Avec Tôbetto, la donne est différente. Si derrière cet ensemble complexe de saveurs végétales et boisées se retrouve de la douceur, une certaine astringence existe, dès même la première infusion parfois. Pourtant, en rien dérangeante, elle semble participer à un grand orchestre philharmonique de d’arômes. Très mélodieuse, cette musique est jouée à un volume impressionnant. Tôbetto est très puissant, mais sa liqueur reste velouté et glisse dans la gorge comme du satin.
Une forte, mais naturelle douceur arrive ensuite en arrière-goût, celle-ci dure longtemps dans la bouche, sans être trop présente, juste ce qu’il faut. Avec un mode d’infusion relativement classique pour ce type de thé haut de gamme (4g, 60ml, 60°C d’abord) on tient 5 excellentes infusions, avec même le luxe d’une sixième très convenable. Avec une légère variation des arômes vers quelque chose de tantôt subtilement floral, tantôt subtilement fruité, on n’observe alors aucune montée gênante d’astringence. Celle-ci reste présente, légère, comme une grande qualité de ce thé. 

  Après, je ne dirais pas néanmoins que ce sencha plaira à tout le monde. Moi-même, si je devais faire un difficile choix restrictif parmi ces thés de Tamakawa, je choisirais je pense le Yamakai. Mais je pense aussi que ne pas plaire à tout le monde est une qualité d’un très grand thé.
Une chose est sûre, pour ceux qui sauraient apprécier ce Tôbetto, celui-ci est quasiment inratable. De l’infusion aux glaçons jusqu’à la préparation à l’eau très chaude façon Gongfu-cha, le rayon est très large. A l’inverse, en obtenir un résultat parfais est peu être plus difficile ?

Yamakai

En provenance de la partie de Tamakawa appelée Terao, ce Yamakai est une merveille.
Vous trouverez ici l'article sur ce Yamakai 2014 de M. Tsukiji.

Kôshun

 
Ce Kôshun de M. Tsujiki est issu d'une récolte manuelle, sur des théiers taillés, de Terao également. Kôshun est un cultivar connu pour son parfum floral particulier. Certains connaissent peut être les Kôshun de Fuji de M. Akiyama que je propose chaque année, et bien celui de M. Tsukiji est fort diffèrent. Disons que le producteur de Fuji met beaucoup de soin à faire ressortir au maximum les particularités de ses cultivars. Notre producteur de Tamakawa recherche plutôt la conception d'un très bon thé, comme je l'ai déjà dit « sans en faire de trop », en prenant en compte les caractéristiques de chacune de ses variétés de théiers. 
 
Ainsi, son Kôshun reste très sage. Nous avons avant tout un sencha au bon parfum frais et sucré, soutenu par une torréfaction moyenne, avec en fond des arômes finalement plus fruités que floraux.



En bouche on y ressent ni l'astringence ni l'impression tannique que peuvent parfois laisser les cultivars très parfumés. Ce sencha montre beaucoup de douceur, sans lourdeur, avec une richesse de saveurs fraîches et dynamiques. Bonne longueur et aftertaste doux qui se développe aussi bien en bouche que dans la gorge.
Une caractéristique importante, est que malgré le caractère particulier de ce cultivar, il donne un thé à la personnalité, au profil, qui reste très japonais. Je veux dire en comparaison avec des Sôfû, ou plus encore Kondô-wase, dont les racines indiennes viennent apporter des senteurs « exotiques ».
Pour la préparation, des paramètres très classiques fonctionnent à merveilles, pour un ratio feuilles/eau de 4g/70-80ml, une première infusion d'une minute à 70-80°C.
Mais ce Kôshun est une merveille préparé glacé en théière comme ceci :
  1. 4g de feuilles dans une théière (avec une ouverture large les choses seront plus simples)
  2. Verser environ 30ml d'eau à 80-90°C
  3. Puis mettre tout de suite des glaçons dans la théière (de manière à ce que la partie supérieur des glaçon sorte de l'eau
  4. Attendre un peu moins de 10 min, puis servir le thé.
La deuxième infusion peut se faire directement à l'eau froide, pour environ 10-15min.


Yokosawa

Enfin, ce sencha Yokosawa est le seul que ces quatre thés qui ne contienne pas exclusivement des feuilles cultivées par M. Tsujiki, mais un assemblage de feuilles de ce producteur et d'autres producteurs de Yokosawa, le tout fabriqué par M. Tsukiji à la coopérative de Yokosawa. Le cultivar est le poids lourd Yabukita. 

 
Même s'il s'agit du moins haut de gamme des thés de Yokosawa, le travaille des feuilles fait déjà amplement honneur au travail du maître. Leur doux parfum ce compose des arômes de tourbe sucrée et d'herbes aromatiques que l'on retrouve dans d'autres thés de la région, mais aussi des arômes sucrés vanillés plus habituels et classiques. 

 
Le profil un peu boisé et minéral des saveurs de la liqueur viennent apporter force et personnalité à sa douceur plus classique, très « Yabukita ». Ronde, mais avec du corps, cette liqueur est stimulante, et on y trouve un léger fond astringent, dont la force peu varier beaucoup selon la méthode d'infusion.
Il me semble qu'il est préférable de le préparer avec de l'eau suffisamment tiédie, aux alentours de 65°C, et d'augmenter le temps d'infusion (1min10-20), plutôt que l'inverse.
Là encore beaucoup de force. Les saveurs douces persistent en bouche, parfument la gorge, sans rien de râpeux. L'astringence augmente un peu au fil des infusion, mais sans dépôt tannique. Le tout reste très fluide, et devient plus rafraîchissant encore alors que les parfums se font plus verts.

En tant que Yabukita de Hon.yama, ce thé peu être aussi intéressant à boire en parallèle avec ceux de Ushizuma (M. Shigeta) et de Ôkawa-Ôma (M. Nakamura).



mardi 1 juillet 2014

Shizuoka 2014 : Warashina et Ôkawa-Ôma

Cette année encore je présente sur Thés du Japon une sélection importante de thés de Shizuoka, qui, rappelons le, reste encore la première région productrice du Japon (environ 40%) pour le meilleur, et parfois pour le pire. On y produit essentiellement du sencha, et s'il reste encore beaucoup de futsumushi de montagne, plantés en pente (chose finalement très rare au Japon), le gros de la production consiste en du fukamushi provenant de plaines ou plateaux.

Les sencha sur Thés du Japon proviennent tous, à l'exception des thés de Fuji, de la zone essentiellement montagneuse attaché administrativement à la ville de Shizuoka. Ce sont tous des futsumushi/asamushi, sencha à l'étuvage traditionnel.
Cette zone administrative est découpée en 3 arrondissements, Suruga, Aoi, et Shimizu (ancienne Ville de Shimizu). ( ! la carte ci-dessous est très approximative, que les géographes me pardonnent ! )
- Les trois sencha hâtif Sugiyama Yaeho, Kondô-wase et Sôfû déjà présentés sur ce blog proviennent de Suruga. De part sa position géographique, la plus au sud et à faible altitude, on comprend que outre les caractéristiques des cultivars, cette zone soit là plus hâtive de la ville.
C'est une zone de petites production, en particulier Mariko, connu pour son thé noir (plus une question d'ancienneté que de qualité) mais aussi très riches en cultivars divers.

- Shimizu n'est pas spécialement une zone importante de production de thé, mais c'est là, à Ôhira que son produit les thés biologiques de M. Yamamoto dont je reparlerai plus tard.

- Les montagnes de Aoi sont très connues, puisque c'est grosso-modo à cette aire que correspondent les célèbres thés de Hon.yama.
Hon.yama désigne les zones qui bordent la rivière Abe, mais d'une façon plus globale, les zones autour de la rivière Warashina y sont aussi assimilées.

La rivière Tamakawa est un confluent de la rivière Abe, et désigne aussi la zone d’où provient le Yamakai de M. Tsukiji.
Un peu plus bas en aval de la rivière Abe, se trouve Ushizuma, d'où proviennent les deux sencha de M. Shigeta.


Mais aujourd'hui, je vais parler de deux thés provenant d'une zone sud-est de la rivière Abe, Warashina, et dans son prolongement, Ôkawa-Ôma.

Comme son nom l'indique, Warashina est la région qui se situe de part et d'autre de la rivière Warashina (la plus à l'ouest sur la carte, qui se jette dans la rivière Abe en aval).
Voici un cultivar Oku-midori. Les feuilles sont très belles (certains se souviendront peut être du Oku-midori de Ashikubo 2013, lui aussi très abordable), leur odeur est sucrée sur une texture qui évoque des herbes sèches.


 L'infusion confirme les premières impressions avec une liqueur au parfum puissant et doux. Ce sont des arômes légèrement crémeux, et chaud comme du bon pain. Très appétissante, cette liqueur est plutôt forte aussi en bouche. Très ronde et sucrée, elle n'est pas d'une grande complexité, mais très efficace, avec beaucoup d'after-taste et de longueur. Ce sont en effet des saveurs crémeuses qui dominent, dans une première infusion sans aucune astringence, dont la présence en bouche est très affirmée. Il suffit de prêter un minimum d'attention au temps d'infusion, ce sencha est inratable.

Sur la deuxième infusion, ce thé se fait plus léger. Pourtant, l'after-taste n'en est que plus puissant encore ! Avec peu ou prou d'astringence, cette liqueur plus légère apporte finalement un agréable repos avant de nous laisser profiter de sa longueur qui fait saliver et parfume la gorge.

Enfin, une troisième et dernière infusion vient faire ressortir quelque chose de plus "frais" dans la parfum. La liqueur, avec cette fois une douce astringence, et se fait maintenant aérienne, très lisse, un vrai plaisir pour la gorge. La longueur est toujours au rendez-vous.

Un très très beau petit thé, qui n'a peut être pas toute la complexité qu'ont d'autres Hon.yama, mais qui pourtant possède déjà force et douceur, pour un prix tout à fait raisonnable.

En continuant à suivre en amont la rivière Warashina, la route nous fait finalement quitter le cour d'eau pour grimper dans la montagne, avec gravas au milieu du chemin, singes, et des espèces de chamois japonais. Cette "route" à flanc de montagne nous conduit vers Ôkawa, puis Ôma.
C'est là, à 650-700m d'altitude que M. Nakamura travaille. Dans cet environnement il produit l'un des plus tardifs des thés de Shizuoka. Fin mai, ses récoltes viennent de commencer et ne finirons que début juin.



 Ce sencha, cultivar Yabukita montre d'emblée plus de complexité avec des feuilles au parfum vif, sucré, avec une impression "sauvage", un quelque de chose d'humus, et minérale aussi.
Si l'on choisi de le préparer avec de l'eau tiédie, ne pas hésiter à dépasser la minute d'infusion. Mais c'est un thé qui montrera aussi beaucoup de richesse avec de l'eau bien chaude.


C'est ce profil des thé de montagne que j'aime, avec un parfum fort de sucre et de tourbe. Quelque chose de riche au sens culinaire du terme, et qui pourtant, une fois en bouche se montre d'une grande délicatesse. Non pas que ce ne soit plein de goût, bien au contraire, mais la liqueur n'est pas lourde, et quelle velouté dans la gorge !
Pourtant, elle est dense cette liqueur. Elle possède du sucré, mais pas d'umami à l'excès, il y a un peu d'atringence, beaucoup d'équilibre en fait.
L'after est phénoménal ! La longueur au rendez-vous.
Bref, c'est sans lourdeur ni accroc, mais avec beaucoup de puissance. 
Ce sencha de Ôkawa-Ôma garde autant force sur la deuxième infusion. Plus fruité dans le parfum, un brin plus floral en bouche.
Troisième et quatrième infusions continuent à flatter palais et gorge d'une liqueur riche et veloutée, qui se fait néanmoins légèrement tannique. 





Difficile de comparer avec le Warashina, mais je dirai qu'avec ce sencha, on a un thé plus riche et complexe, bien sûr, mais aussi plus masculin. Moins facile d'accès au départ, il possède néanmoins plus de possibilités, c'est aussi un thé dont on ne se lassera pas.



dimanche 15 juin 2014

Sélection de sencha de Yame 2014

Voilà bien longtemps que je n'ai eu le temps de m'affairer à mon blog. Je dois dire que cette fin de saison du shincha 2014 fut (et sera en encore!) riche en nouveautés. La sélection 2014 Thés du Japon n'est pas encore achevée, et il reste encore nombre de choses à venir.

En attendant, parmi les nouveautés cette année, une sélection plus riche de sencha de Yame. Quatre sencha, deux yabukita, et deux cultivars différents. Je suis heureux de pouvoir mettre en avant un peu plus cette région, relativement connue, mais dont finalement peu de boutiques offrent une sélection vraiment large.

En fait, même si le nom de Yame, est connu, le département de Fukuoka, moteur économique de l'île de Kyûshû, reste une très petite région productrice de thé en comparaison de Shizuoka ou Kagoshima, et même de régions méconnues comme Mie ou Miyazaki. Le thé n'y est cultivé que dans l'aire restreinte correspondant à la ville de Yame et au district de Yame. Il y a par ailleurs au Japon beaucoup plus de thé vendu comme thé de Yame que de thé produit à Yame......

Si l'on produit du thé sur toute l'île de Kyûshû, Yame reste de loin l'appellation la plus connue, encore loin devant le géant Kagoshima. Il y a aussi une réputation de qualité.
Yame produit environ la moitié du gyokuro à l’échelle nationale, devant Uji (Kyôto). Mais ce fait est étrangement peu connu, et finalement c'est pour son fukamushi sencha que Yame est connu. En plaine comme en montagne, le fukamushi règne en maître, souvent ombré d'ailleurs. Et comme partout ailleurs, c'est en général le thé de plaine qui part aux meilleurs prix sur les marchés. Non pas qu'il soit meilleurs, non, c'est seulement qu'il arrivent plus vite. Pourtant, dans ces secteurs de montagnes de Yame (Jôyô, Hoshino, Kuroki, Yabe, etc) ce n'est pas la ferveur qui manque. Par ailleurs, on trouve à Yame nombre de jeunes producteurs.

En début du mois d'avril, j'ai pu me rendre à Yame, à Jôyô et Hoshino plus exactement. J'y ai rencontré M. Kuma, qui produit le Oku-yutaka de Yame que je propose cette année.






Ci-dessus, M. Kuma et ses plantations à Jôyô

Paysage à Hoshino


Sencha de Yame, commune de Hirokawa, cultivar Yabukita

Celui-ci est l'entrée de gamme de ma petite sélection de sencha de Yame.
C'est un thé qui m'a charmé par son caractère. En effet, il possède un parfum particulièrement intense, avec ces notes chocolatés et douces typiques, mais aussi de vieux bois, et d'herbes aromatiques, surtout sur une deuxième infusion.
Ce parfum fort n'est pas trompeur, puisque la liqueur possède elle aussi une attaque bien puissance en bouche. Arômes vanillés et légère astringence. Ce thé offre aussi une longueur en bouche tout à fait satisfaisante.
Il y a quelque chose d'un peu typé et sauvage.

Sencha de Yame, commune de Jôyô, cultivar Yabukita



Celui-ci est peut-être moins surprenant, mais c'est un très bon sencha de Yame, avec lui aussi beaucoup de puissance.
Les premiers parfums qui apparaissent dès la verse du thé ne déçoivent pas. Très classieuses, des senteurs chocolatées, vanillées, avec de la noisette grillée. Puis en bouche, on a une liqueur très douce, un peu épaisse, où se retrouvent ces saveurs gourmandes. En même temps, il y a des notes vertes de type haricot, qui apportent comme de la fraîcheur au sein de toute cette puissance d'arômes.


Sencha de Yame, commune de Jôyô, cultivar Oku-yutaka
 
M. Kuma est un jeune producteur d'une trentaine d'année. Il cultive aussi en agriculture à pesticides et engrais réduits, Sae-midori, Yabukita, et Oku-hikari.
Oku-yutaka est un cultivar tardif (comme tous les cultivars dont le nom commence par « oku ») qui connaît pas mal de succès aujourd'hui et ce dans nombre de régions productrices.
Encore une fois, nous avons un thé fortement parfumé. Ses senteurs sont très douces, mais plus délicates et subtiles, en comparaison des Yabukita précédents. Une sorte d'équilibre qui se transmet à la liqueur, douce, velouté, plus aérienne en comparaison des deux premiers sencha.
L'aftertaste est plus discret, mais très long, avec de très agréables arômes de fruits jaunes, de pêche notamment.
Bref, là encore beaucoup de force, mais ce sencha ne prend pas d'assaut nos papilles comme les précédents, il arrive plus calmement, mais s'impose finalement aussi de manière nette.


Sencha de Yame, commune de Hirokawa, cultivar Tsuyu-hikari

J'ai déjà présenté d'autres Tsuyu-hikari, ce croisement de Asatsuyu et de Shizu7132. C'est un cultivar relativement typé.
Le parfum de celui-ci est assez déroutant au départ. Il y a un quelque chose de cendré, puis des arômes fruités, de fruits mures. Toujours et encore, il y a beaucoup de puissance dans ce sencha, aussi bien son parfum que dans sa liqueur, où se mêlent avec complexité nombres de saveurs sucrées, fruits et fleurs, touches vertes aussi, sur un fond de petite astringence.
Nous avons là un thé à la personnalité marquée, bien diffèrent des trois autres, mais en même, si l'on sort de toute tentative de comparaison en buvant ce thé, il ne fait aucun doute qu'il s'agit bien d'un thé de Yame.


Tous avec leur caractéristiques propres, chacun de ces quatre sencha représentent et font honneur au terroir de Yame, mettant en avant ses particularités : des fukamushi au parfum particulièrement bien présent ; de la puissance, c'est à dire pas seulement une liqueur forte, mais un riche aftertaste, et de la longueur en bouche ; enfin, de la douceur, mais de la « douceatreté » plate d'une soupe d'acides aminés, il s'agit d'une douceur stimulante avec du relief et du caractère.