Bienvenue à toutes et à tous

C'est avec l'ambition de diffuser de nombreuses informations sur le thé japonais que j'ai débuté ce blog. Vous y trouverez les éléments les plus importants de l'histoire du thé au Japon, ainsi que des infos sur les divers types de thés japonais, régions productrices, etc.

Aussi, vous pouvez retrouver en ligne ma sélection de thés grâce à la boutique Thés-du-Japon.com.

Très bonne lecture, j'espère que mon modeste blog donnera au plus grand nombre l'envie de se familiariser de plus près avec ce produit d'une grande profondeur qu'est le thé japonais !

English version of some posts here in Japanese Tea Sommelier blog

mardi 18 août 2015

Thé noir fumé de Shizuoka, 2015

L'an dernier le thé noir fumé de M. Matsumoto (Shimada, département de Shizuoka) avait reçu un excellent accueil au sein de ma sélection pour Thés du Japon. C'est donc tout naturellement que son millésime2015 fait son apparition. C'est encore un thé noir de seconde récolte, cultivar Yabukita, fumé à l'aide de bois provenant de tonneaux de whisky japonais.

Alors que le 2014 s'apparentait à du « broken », cette année, les feuilles sont plus entières, finement roulées.
Le parfum est particulièrement puissant, très fortement fumé. C'est un chaleureux parfum de feu de cheminé, de jambon fumé, de tourbe, et un peu fruité.

Une infusion classique « à l’européenne », 4g, 150-180ml, 2-3minutes fera des merveilles, donnant un thé très riches en parfum et en saveurs en bouches, sans l'aspect lourd « sucré » de nombre de thés noirs japonais, qui coulent tout seule dans la gorge, avec beaucoup d'after et de longueur. Ce thé noir fumé japonais nous procure alors même le luxe d'une 2ème infusion excellente.

Mais une préparation avec peu d'eau et de multiples infusions reste très intéressante pour décortiquer les différentes saveurs de ce thé. 
 
De cette manière, la 1ère infusion est (naturellement??) la plus riche et intéressante. Le fumé y est très fort bien sûr, mais on y trouve aussi de l'orange amère, du cacao, et une douceur légère qui trouve un équilibre dans le fumé.
En bouche, on a une liqueur globalement légère et rafraichissante, avec un peu d'astringence qui rappelle les notes d'orange. C'est surtout dans l'after que s'expriment le fumé et le tourbé.
Il y a une très bonne longueur, fumée et un peu fruité.

Sur la deuxième infusion, le parfum fumé est toujours très fort, mais plus moelleux, un peu vanillé.
En bouche on reste très proche de la 1ère infusion, toujours sans aucune lourdeur, et très efficace en after et dans la longueur.

Avec la 3ème infusion, on voit les arômes épicés de thé noir prendre une part plus importante face au fumé dans le parfum.
Paradoxalement, en bouche les saveurs semblent commencer à faiblir alors que l'impression fumée, elle, perdure toujours.
C'est dans cette direction qu'on continue à se diriger avec la 4ème infusion.


C'est un thé qui se confirme comme riche en saveurs, très pur et soyeux dans la gorge. On comprend comme il s'exprime avant tout dans la fosse nasale et la gorge, présentant toujours autant de longueur au fil d'infusions successives.
Bien sûr, ceux qui n'aiment pas les saveurs, ici très présentes, de fumé s' abstiendront, mais pour les autres, ce thé est un vrai bonheur, avec quelque chose de très accoutumant.
Il est intéressant de voir, mais que je ne détaillerai pas ici, comme derrière le fumé on peut aussi entrevoir des saveurs tourbées rappelant le whisky de manière plus claire avec des infusions à froid. On peut en effet avec de thé noir fumé de Shizuoka pratiquer 2 ou 3 infusions glacées, pour un résultat encore un peu différent, mais vraiment excellent. A essayer absolument !!


lundi 3 août 2015

Guide pour la découverte du thé japonais

J’interromps la présentation des thés 2015 de Thés du Japon pour venir présenter la sélection des thés de manière plus globale. Je voudrais essayer surtout d'offrir une sorte de guide pour les nouveaux utilisateurs qui seraient un peu perdu dans cette large sélection de thés japonais, où simplement d'aider dans leur choix ceux qui voudraient découvrir le thé japonais d'une manière logique, sinon analytique.

Conception

La ligne directrice dans la sélection est de présenter des thés japonais provenant très majoritairement de plantations uniques, c'est à dire pas des blends, qui sont pourtant la norme avec le thé japonais.
Autre ligne directrice pour les sencha, c'est très peu de « fukamushi cha ». Je privilégie les thés gardant une belle forme, pas trop brisés, sans non plus faire une obsession de cette question.
Beaucoup de petites exploitations, avec peu de quantités (attention, cela n'est pas nécessairement un gage de qualité).
Grande intérêt pour les cultivars, sujet encore trop ignoré du grand public ici.
Mise en lumière toute particulière des beaux thés de montagne de Shizuoka, souvent cultivés dans des conditions difficiles qu'on ne retrouve que très peu dans le reste du pays.

Par où commencer dans son choix

Tout d'abord, le type de thé : Avec 80% de la production, il est clair que c'est bien sûr sur le sencha qu'il faudra d'abord se concentrer. Du plus bas de gamme au plus haut de gamme, des variations importantes dans la fabrication (étuvage, ombrage, torréfaction), et une grande variété de cultivars, le sencha et un genre qui regroupe en fait des milliers de thés complètement différents.
D'une certaine manière, tous les autres genres sont minoritaires.
Le gyokuro est un genre tout à fait particulier, aussi de par ses arômes que de par sa méthode de préparation. Je ne pense pas qu'il doive entrer dans les premiers choix du parfait débutant. Celui-ci pourra peut-être d'abord se faire les mains sur un beau kabuse-cha comme mon Goko de Wazuka.
En revanche, parmi quelques sencha, glisser un kama-iri cha me semble intéressant. Ce type de thé n'est pas étuvé comme tous les autres thés verts japonais, mais l'oxydation est stoppée par chauffage direct, comme les thés chinois. Leurs arômes sont très différents des sencha, et ils sont très simples à préparer. Cette année, je recommanderais en premier lieu celui de Amakusa, ou celui de Gokase.

S'y retrouver dans les sencha, 1. Yabukita:
J'ai choisi tous ces thés, donc il va de soi qu'il s'agit tous de « recommandations ». Pourtant, il est également évident que tous n'ont pas le même degré de recommandation, que s'il fallait faire une classification très simple on pourrait distinguer les immanquables et les curiosités (classification vraiment trop simpliste, mais le but ici et d'aider à se repérer pour ceux qui ne connaissant pas encore très bien le thé japonais, et même ceux qui plus simplement ne connaissent pas encore très bien ma sélection).

Avec une mise en avant des thés de montagne, Shizuoka prend naturellement une place importante dans la sélection. Dans la mesure où Shizuoka représente 40% de la surface cultivée au Japon, cela n'est pas idiot, même si en réalité, les thés de montagne y sont minoritaires.

On trouve de tout partout au Japon, et je ne crois pas que choisir en fonction d'une région de production soit une bonne base pour découvrir et comprendre le thé japonais. Le cultivar, c'est à dire la variété de théier (tels les cépages pour le vin), à une importance très grande. Les ¾ de la production de thé proviennent du cultivar appelé Yabukita. Si une telle proportion peut paraître trop importante, il n'en reste pas moins que c'est une variété dont les qualités globales n'ont jusqu'à présent pas trouvé de rival.
Ainsi, pour comprendre le thé japonais, il est indispensable de bien connaître ce Yabukita.
Des Yabukita, d'abord de type futsumushi/asamushi (étuvage traditionnel), peu ou pas ombrés, devront rentrer dans les premiers choix.
Ainsi je conseille très fortement le sencha de Hon.yama, Okawa-Oma (pas d'ombrage), et celui de Kawane (ombrage léger). Ensuite, sortir de Shizuoka pour Uji/Kyôto avec le Yabukita de Wazuka (ombré).
Ensuite, pour aller dans le fukamushi cha (étuvage long), le Yabukita de Yame, Joyo-machi.

Pour ceux qui veulent aller plus loin, il y a le Yokosawa (très très beau thé de montagne de Shizuoka, Honyama), et le Nihon-daira (lieu de naissance de Yabukita), ou même celui de Tomihara à Okayama.

Parenthèse pour dire que les deux kama-iri cha cités plus haut sont aussi de Yabukita.

S'y retrouver dans les sencha, 2. autres cultivars:
Ensuite, pour contraster avec ces Yabukita, il y a toute une variété de cultivars très différents. Prendre d'abord des cultivars vraiment différents et faciles à comprendre me semble être un premier pas important. Pas d'hésitation, Kôshun et Sôfû.
Celui de Shimizu ou de Tamakawa pour le premier, celui de Ashikubo pour le second.
Goko (Kabuse cha cité plus haut) est aussi à découvrir car c'est un exemple représentatif des cultivars à thé ombré très utilisé à Uji pour le kabuse-cha, gyokuro ou matcha.

Ensuite, par gout très personnel, je désignerais Yamakai (Takayama, ou Tamakawa pour du très haut de gamme).

Pour aller plus loin dans cette découverte des cultivars :
Par exemple avec Kanaya-midori (sencha de Shimizu), pour avez un des parents de Kôshun. Mais c'est aussi un parent de Haru-midori dont vous trouverez un exemple avec celui de Kawane. 3 cultivars dont la dégustation en parallèle sera intéressante.

Autre exemple pour aller plus loin, plusieurs cultivars d'une même zone de production, comme les Yabukita, Meiryoku, Goko et Uji-midori de Wazuka, ou alors, mieux du même producteur comme les Yabukita, Kanaya-midori, Oku-yutaka, Koshun de M. Yamamoto à Shimizu.


J'espère avoir réussi ici à donner de bonnes bases pour une découverte en ordre du thé japonais, avec des thés essentielles pour commencer, et d'autres essentielles pour approfondir.

La sélection va continuer à s'étoffer durant l'année. D'abord en septembre ce sera des grands gyokuro et de nouveaux matcha de Uji-Shirakwa.

vendredi 24 juillet 2015

Shizuoka 2015, sencha de Ashikubo, cultivar Sôfû

Un article court pour parler d'un sencha qui en mériterait plus : le Sôfû de Ashikubo.

J'avais l'an dernier mis en vente de beau sencha à l'automne pour laisser les arômes de ce cultivar de type Inzatsu (croisement de Yabukita et Inzatsu 131) ce développer, mais cette année, il s'est montré déjà suffisamment savoureux dès le printemps.

Les feuilles sont elles-mêmes bien appétissantes, de par leur aspect, mais aussi de par leur parfum, comme un subtil pot pourri de fleurs sucrées.

Je le répète assez souvent, mais l'idée que plus un thé est haut de gamme plus il doit être infuser avec de l'eau tiède est une idiotie. Une température basse sert seulement à retenir astringence et amertume pour mieux mettre en valeur l'umami. Cela vaut donc pour les thés cultivés dans le but précis d'être très doux, comme le gyokuro, ou les sencha de compétions. Cela sert aussi parfois de cache misère avec des thés qui n'ont de haut de gamme que le prix, qui ont certes beaucoup d'umami mais aussi beaucoup de défauts que de l'eau trop chaude mettrait en avant.
Le point fort de Sôfû, c'est avant tout des arômes particuliers, tant au nez que dans l'after-taste. Ce n'est pas un thé spécialement riche en umami, et ses ancêtres de Assam lui donne une touche tannique naturelle qui n'a rien de gênante. Cela vaut aussi pour un cultivar comme Kôshun, mais il est alors plus naturel, plus sensé de préparer ce sencha avec de l'eau bien chaude, entre 80 et 85°C je dirais (commencer avec de l'eau plus chaude encore rendrait plus difficile la préparation des infusions suivantes nécessitant de préférence d'augmenter la température d'infusion). Après, lorsque les feuilles commencent à s'être ouverte de manière significative, c'est le moment de verser, et de profiter des senteurs étonnante de Sôfû. Elles sont florales, très légèrement piquantes, mais avec surtout quelque de chose de sucré, comme un parfum de confiserie.

En bouche, la liqueur se fait de suite stimulante, un peu d'astringence, suivi d'un peu de douceur, de l'umami en retrait, mais pas absent. Mais l'ensemble est comme porté par ses arômes floraux qui apparaissent dans l'after, avec en plus un quelque chose de crémeux.


Très discrets sur la première infusion, les infusions suivantes relèvent aussi des arômes de vieux bois, de cuir, mais surtout de noix. Ce sont des notes qui semblent accompagné l'augmentation légère de l'astrigence.

Nous avons dans l'ensemble un sencha vraiment brillant, sans défaut majeur, avec beaucoup de personnalité, de force aussi. Son côté "exotique" inzatsu est peut être moins évident que sur Kondô-wase, mais il me semble plus simple à préparer, plus stable peut être. On n'y trouve pas la pureté et la douceur du Sôfû de Tamakawa, mais en revanche on y trouve une plus grande complexité, plus de tempérament.

Pour revenir sur la question la température de l'eau, avec ce type de cultivars très parfumé, ne jouant pas sur l'umami, pas de besoin d'eau tiède je disais. Ou bien il faut aller au bout des choses et y aller à coup de "mizudashi", infusion à l'eau froide, glacée même. Le résultat est surprenant. On obtient d'une part une liqueur très rafraichissante, mais aussi le parfum qui rempli alors le verre est extraordinaire. Toujours un peu floral  certes, mais surtout de l'aspect confiserie prend alors une tout autre ampleur, avec du fruit confie, on y ressentirait presque de la barbe-à-papa. Deux ou trois infusions sont possible. On peut alors en ajouter une dernière à l'eau très chaude.
Là encore, il ne faut pas se tromper, le "thé glacé" n'est pas à réserver aux thés de moindre qualité, au contraire, ce sont plutôt les thés haut de gammes, riches en saveurs, qui s'y prêtent le mieux. Des Kôshun ou même 7132 sont souvent formidables en mizudashi. (pour ces infusions à l'eau glacée, d'une manière plus générale, les thés avec un hi-ire au moins un peu prononcé sont plus indiqués)
Alors que l'été est bien entamé, il est bon de le rappeler !




jeudi 16 juillet 2015

Shizuoka 2015, Kawane Haru-midori

Deuxième sencha de Kawane pour 2015, toujours le domaine Tsuchiya, mais cette fois il s'agit du cultivar Haru-midori, récolté manuellement.

Haru-midori est une variété très peu répandue, à laquelle j'ai rarement eu affaire. Il s'agit d'un croisement entre Yabukita et Kanaya-midori.

Les feuilles sont plutôt parfumées, dans le domaine du floral et de la forêt humide.
Il pourra être intéressant de pratiquer une première infusion tiède à 60°C, ou bien un peu plus chaude à 70°C.

La première impression après infusion, est celle d'un thé qui joue beaucoup sur la parfum. Celui-ci est en effet intense, en fait il me semble même qu'il a déjà beaucoup évoluer depuis la récolte. S'il m'avait semblé d'abord avoir quelque chose tirent plutôt sur le fruité et le cremeux, il me semble maintenant avoir des arômes beaucoup plus floraux, comme de belles fleurs jaunes, qui se rapprocherait, en plus délicat et doux, de Kôshun (je rappelle que Kôshun a aussi Kanaya-midori pour parent), un peu sucré et acidulé.
En bouche, ce sencha montre immédiatement beaucoup de volume, mélangeant un umami franc mais modéré à ces arômes floraux. Il n'y a absolument pas d'astringence,  et la liqueur est douce et velouté. L'after est léger, subtil, mais avec une bonne longueur.

L'impression globale est très aromatique, semblant jouer sur les parfums et les saveurs bien plus que sur la puissance en bouche. Cela en fait un thé qui s'exprime d'une manière très différente de celle de Yabukita.

Une deuxième infusion laisse apparaitre des saveurs plus vertes, surtout dans l'arrière gout. Cela se confirme sur les préparations suivantes,  avec même des notes un peu épicées, mais une perte d'impact en bouche.

En réalité, je suis un peu géner par les impressions aromatiques que me donne maintenant ce sencha, certes délicieuses, mais différentes de ma première image.
Rebelote à 80°C pour la première infusion. Fini le floral genre Kôshun, revoilà le crémeux de Kanaya-midori, un poil fruité, sans être complètement dénué de saveurs florales aussi. Ps d'astringence non plus malgré l'eau chaude, du volume et de la délicatesse toujours. Il me semble aussi que ce sencha donne ainsi plus dans la fraicheur.
Le floral semble apparaitre plus clairement à partir de la deuxième infusion, mais néanmoins, avec les même paramètres, sauf la température, la même théière, obtenir à la suite deux sessions si clairement différentes (malgré les points commun dans l'intensité, l'équilibre de l'umami, etc) dans les arômes dominants, est étonnant, et surtout très intéressant, avec l'impression d'un thé très versatile, et donc très simple à préparer finalement.

Aussi, pour ceux qui s’intéressent de près aux cultivars, ces arômes et leur filiations directe avec Kanaya-midori, indirect avec Kôshun est tout à fait passionnante. 

En bref, c'est un thé très aromatique, avec beaucoup de personnalité, sans être trop typé pour autant.

Pour finir quelque images de la récolte manuelle (ici il ne s'agit pas de Haru-midori cependant)





jeudi 9 juillet 2015

Shizuoka 2015, sencha de Kawane, Yabukita

De Hon.yama, je passe une autre très célèbre région productrice de thé de montagne de Shizuoka, Kawane-honchô.
J'avais déjà pour la saison 2014 présenté un thé de M. Tsuchiya, un sublime petit Oku-hikari, qui refera son apparition en millésime 2015 après quelques mois de maturation.

En attendant, c'est un sencha un peu plus haut de gamme, un splendide Yabukita, que je présente aujourd'hui. Autant le dire tout de suite, au même titre que les sencha de Tamakawa, ou même celui de Ôkawa, celui-ci est un immanquable !

Le domaine Tsuchiya, à environ 600 m d'altitude, n'est pas bien grand, l'usine est minuscule (peut être bien la plus petite que qu'il m'ait été donné de voir jusqu'à présent), une ligne de 35K (aujourd'hui les petites exploitations fonctionnent en général avec une ligne de 60K).





Ce Yabukita est d'abord visuellement très agréable. Feuilles fines et longues, uniformes. Au toucher elles sont soyeuses, coulent entre les doigts avec fluidité. Elles savent flatter le nez aussi. Leur parfum n'est pas envahissant, mais il est frais et printanier, sucré sans torréfaction forte, bref du très bon Yabukita, un excellent parfum de sencha.


Les vrais bons sencha ne sont pas difficiles à préparer. Un minimum de bon sens et le résultat sera toujours acceptable. Avec celui-ci je dirais néanmoins très simplement un 70°C, pour une minute.

On se noirait dans cette liqueur dorée tant elle est limpide et envoutante.
La pureté, le velouté des arômes, leur force aussi, leur longueur en bouche, sont les caractéristique de ce sencha.
Aucune agressivité dans la première attaque, pourtant la densité des arômes qui se développent alors sur le palais est remarquable.  Bien sûr, avec Yabukita il n'y a pas d’excentricité, mais l'harmonie entre la douceur, l'umami, les notes fuitées, la pointe d'astringence, est simplement un délice rare. La longueur en bouche n'en fini pas, très forte, l'after est d'une puissance incroyable, mais le tout garde pourtant une sorte de délicatesse touchante, moins brute que ce que l'on trouve avec mes Hon.yama.


Cette limpidité reste le fil condicteur sur de multiple infusion. La liqueur elle-même reste d'une beauté sans faille, mais les arômes aussi jamais ne se troublent d'astringence ou d'amertume. Toujours puissant en bouche, dans la gorge, ce thé vert reste toujours soyeux et fin.


Au bout de quatre ou cinq infusions, on n'hésite entre s'en refaire une session à partir de nouvelles feuilles, ou bien au contraire, "revoir ses classiques" et procéder à une petite dégustation comparative avec un Yabukita de Hon.yama (Yokosawa ou Okawa-Oma), ou de Tenryû (mais ça ce sera pour octobre...) pour les terroirs de montagne de Hon.yama, ou bien même plus bas en bord de mer, un Yabukita de Nihon-daira.

Tous les thés de ma sélection sont pour une raison ou une autre une "recommandation", mais tous n'ont pas le même niveau de priorité. Celui-ci est tout en haut de la liste, à découvrir essayer absolument, aussi bien pour ses qualités propres, que pour l’élément important de compréhension du thé japonais qu'il apporte. 


vendredi 3 juillet 2015

Shizuoka 2015, Tamakawa Kôshun

Après avoir présenté Tôbettô, le Yamakai et le Sôfû du domaine Tsukiji, voici enfin le cultivar Kôshun. Issu d'une récolte mécanique, il est un peu plus "accessible", mais reste tout de même un très grand sencha.

C'est en fait le 4ème Kôshun que propose cette année (celui de Mariko est épuisé), mais c'est aussi le plus fin, le plus globalement interessant, au delà des seules caractéristiques de ce cultivar particulier.

Les feuilles sont sublimes, bon nombre de thés cueillies à la main ne donnent pas un aussi beau résultat. Le parfum est un mélange de douceur sucrée, et d'une fraicheur rappelant herbes et plantes aromatiques. Je dirais que nous avons la des senteurs typiques de Kôshun, sans être trop poussées.

Avec ce cultivar, ces feuilles robustes (cueilleur un peu tardive pour privilégier des pousses bien lourdes), il n'y a pas à trop tiédir l'eau, 80-85°C.

Le parfum de l'infusion est assez fidèle à celui des feuilles sèches, avec beaucoup d'intensité, d'abord dominé par le pôle doux et sucré, puis laissant ensuite apparaitre plus de profondeur avec ses notes d'herbes aromatiques, une pointe florale, et un tout petit quelque chose de fruité, évoquant la pomme verte.

En bouche, aucune agressivité. La première attaque est finalement assez légère avec une presque imprescriptible astringence, mais cette impression ne durent qu'un instant avant que ne se révèle avec force de la douceur, de l'umami modéré, puis enfin des saveurs végétales et aromatiques, rappelant un peu le fenouil. Ce sont ces arômes qui se retrouve dans un after puissant, puis laissent place peu à peu aux agréables et douces saveurs typiques de l'after des bons thés verts étuvés.

On évolue sur plusieurs infusion en gardant beaucoup de force, mais aussi de rondeur, les arômes perdent en complexités, mais on ne tombe jamais dans le trop plein d’astringence, rien de tannique, comme on peut parfois l'observer avec Kôshun. Le jeune producteur M. Kosugi nous offre là un sencha très équilibré, pas un bête concentré des caractéristiques du cultivar, tout en restant clairement reconnaissable. La force, la longueur, la longévité sur plusieurs infusions, sont ici encore au rendez-vous, et après le Yabukita de Tôbettô, le Yamakai et le Sôfû, c'est encore un sencha de Hon.yama à découvrir absolument.


La prochaine fois je vais quitter Hon.yama pour les montagnes de Kawane.

dimanche 28 juin 2015

Shizuoka 2015, Ôkawa-Ôma

Je passe de Tamakawa, confluent de la rivière Abe, à Ôkawa plus au sud, sur les côteaux de la rivière Warashina. Plus exactement, le sencha que je présente aujourd'hui provient  de Ôma, assez en amont, zone plutôt isolée à 720 m d'altitude. C'est une route très escarpée, parfois encombrée des chutes de pierres fréquentes, et défoncée par les signes avant-coureurs de glissements de terrain, qui mène à ce petit hameau où se trouvent certaines des plantations de M. Nakamura et sa petite usine.


Les deux autres plantations, plus en hauteur, à 760-780 m d'altitude ne sont pas accessibles par une route, mais seulement par un chemin étroit en terre, en boue, taillé à flanc de montagne. Merci le 4x4 donc. Un tel parcours, c'était une première pour moi.



Petites montées d'adrénaline, mais au bout du chemin, m'attend une plantation ouverte dans la forêt,  d'un calme rare. Juste avant la récolte, les théiers Yabukita semblent dans une grande forme, leur feuilles vigoureuses poussent bien droites vers le ciel. Voilà une vision de très bon augure.
Nous sommes le 20 mai, M. Nakamura et son fils viennent juste de démarrer la production avec les récoltes des plantations au niveau du hameau.



Cet Ôkawa-Ôma est l'un des thés qui me tiennent particulièrement à cœur. C'est un thé tout en puissance, en robustesse. Cet année, il est encore très réussi.

Les feuilles de ce sencha sont épaisses, longues, leur aspect est un peu "rustique", et leur parfum rappelle aussi cette rusticité, avec des arômes forestiers d'humus, de grandes herbes fraichement coupées, mais aussi de la douceur, quelque chose de sucré.


Quant à la préparation, c'est un thé qui pourra être infusé aussi bien avec de l'eau à 70°C, pour une liqueur forte mais très douce, qu'à 80°C pour une liqueur plus vigoureuse et riche encore, mais très équilibrée avec une pointe d'astringence.
Dans les deux cas, nous avons une liqueur fortement parfumée, où dominent des notes de fruits secs grillés, révélant une torréfaction forte, sur une texture plutôt minérale, presque tourbées, des saveurs de pin, mais avec aussi des impressions sucrées.


L'impact en bouche est immédiat. Tourbes, herbes sèches, humus sont autant de saveurs qui apparaissent dans un ensemble présentant beaucoup de douceur, un umami sans excès qui se révèle tout de même avec force dans l'after, avec une longueur en bouche extraordinaire. C'est un thé qui a du corps, du coffre, exceptionnel. On peut y faire apparaitre un peu d’astringence selon la température d'infusion, mais jamais celle-ci ne devient franchement forte, ni même gênante, toujours en équilibre, et ce aussi sur les infusions successives.

C'est un thé qui a du caractère, qui reflète à mon avis son terroir, sans recherche d'une perfection académique. Sa puissance ne se tari pas même sur quatre belles infusions. Caractère ne veut pas dire typé, ce sencha montrant aussi en effet les qualités du cultivar Yabukita. Il se montre couillu du début à la fin, du parfum des feuilles sèches jusqu'à l'after, de la 1ère à la dernière infusion.
C'est l'un des thés que je considère comme vraiment immanquable dans ma sélection.