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C'est avec l'ambition de diffuser de nombreuses informations sur le thé japonais que j'ai débuté ce blog. Vous y trouverez les éléments les plus importants de l'histoire du thé au Japon, ainsi que des infos sur les divers types de thés japonais, régions productrices, etc.

Aussi, vous pouvez retrouver en ligne ma sélection de thés grâce à la boutique Thés-du-Japon.com.

Très bonne lecture, j'espère que mon modeste blog donnera au plus grand nombre l'envie de se familiariser de plus près avec ce produit d'une grande profondeur qu'est le thé japonais !

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dimanche 22 avril 2012

La course au shincha


Cela fait longtemps que je ne me suis livrée à mes petites réflexions sur le thé au Japon. En voici d'actualité, avec la question de la course au shincha.

Il y a au Japon une ferveur particulière pour ce qui est nouveau, pour les produits de saison, que l'on dit "shun" 旬. Cela est particulièrement vrai dans la région de Tôkyô. Ainsi, on fait la course au thé nouveau. Le département de Kagoshima, de par sa position géographique méridionale a fait le choix de miser sur des cultivars hâtifs, Yutaka-midori en premier, pour être le plus en avance sur le marché. La petite île de Tanegashima, plus au sud encore, mise sur des cultivars encore plus hâtifs.
De cette manière, détaillants et grossistes commencent au plus tôt leur saison avec les thés de Kagoshima, essentiellement de l'énorme région productrice en plaine de Minami Satsuma (Makurazaki, Chiran, etc) qui donne les plus hâtifs (si l'on fait exception de Tanegashima et Yakushima) et la majorité de la production du département. Cette petite course bat son plein chaque année, et c'est parfait sauf quand il y a incident de parcours. Cette année, au début du mois d'avril, une formidable tempête a frappé tout le Japon, faisant entre autre de gros dégâts sur les jeunes feuilles des théiers hâtifs du sud de Kagoshima. Ainsi, outre le retard dû à l'hiver long, tout ce qui sort sur le marché de ces produits hâtifs est de mauvaise qualité.

En effet, le premier shincha de chez Y., à 2000 JPY, sorti bien avant l'équivalent chez les autres chaines, est assez lamentable. Le 2000 JPY de Maruyama-en, plutôt en dessous en comparaison des années précédentes reste juste acceptable, en revanche, le 1500, arrivé en boutique ce matin est une véritable horreur. J'ai eu beau le préparer de différentes manières, mais c'est toujours la même chose, une saveur sucrée arrive en bouche mais disparait en une seconde pour laisser la place à des saveurs parasites piquantes et amères. C'est comme un exemple fait pour montrer ce que donne un thé fabriqué avec des feuilles abimées !

Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Pour toutes ces chaines, il est difficile de se placer face à la concurrence si le shincha arrive trop en retard, mais quand cette course au primeur se fait au détriment de la qualité, on peut avoir de sérieux doutes.

Être Nihoncha Instructor est un très beau sésame qui permet d'être mis en relation avec la crème des professionnels, des gens sérieux et très exigent, qui ne sont généralement pas très pressés de mettre la main sur le premières choses arrivant sur le marché. Pas de course au shincha, mais une course à la qualité. Certes les thés hâtifs passent à la trappe, mais il y aura de bonnes choses après dans les grandes plaines du sud de Kagoshima, et le 20, les récoltes manuelles ont commencées dans les montagnes de Kirishima.
En même, le risque sur les marchés, c'est de trop attendre, attendre, et finalement, rien de meilleur ne vient. Durs dilemmes !

Bien sûr, on voudrait bien avoir rapidement des thés nouveaux à proposer aux clients qui attendent, mais le thé de ce matin refroidi les ardeurs, il apprend la patience. Après tout, le thé est un produit de la nature.

Surtout que l'idée du "shincha, saveurs dont on ne peut se délecter qu'au printemps" est fortement ancrée dans les esprits, mais est pourtant bien obsolète avec les techniques modernes de conservation. 


6 commentaires:

  1. Belle leçon de sagesse...la patience, vertu difficile...
    C'est vrai que dès qu'on sait que les récoltes de shincha ont commencé, on est tenté de se jeter sur le premier thé venu. Alors que l'on peut encore avoir de très bons thés chez soi. Je suis par exemple sur ton Sakimidori 2011 : c'est parfait !

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  2. Et moi sur mon dernier paquet de Yumewakaba 2010 qui est juste superbe...

    Akira Hojo m'a aussi parlé de cette course au shincha au Japon. Il ne se presse pas non plus car il est recherche plus des thés d'altitude qui seront de toute façon prêts après les autres.

    Il m'a aussi dit qu'en général les prix étaient fixés en fonction de la date de sortie : le plus tôt le plus cher, ce qui fait que les thés tardifs sont légèrement moins coûteux. Confirmes-tu cela ?

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  3. Il faut un peu relativiser, ou préciser, ce que dit Hojo Akira je pense. D'une manière générale, plus les pousses cueillies sont jeunes, plus le thé sera de qualité, et par conséquent plus la cueillette est hâtive, donc, meilleur sera le thé, donc plus cher en effet (mais en même temps, la quantité de thé cueillie, est alors moins importante, on vend plus cher, mais moins). Cela pourrait presque être une règle, mais en comparant des thés de la même zone géographique.
    Mais au delà de cela, il est vraie qu'il y a une tendance (pas toujours) à gonfler les prix des thés très hâtifs. En effet, à Kagoshima tu trouveras des Sae-midori très cher, alors, qu'en revanche, les tardifs oku-midori sont généralement meilleur marché (Oku-midori est peut être un mauvais exemple, c'est cultivar qui manque de particularité, difficilement comparable avec Sae-midori).

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  4. Oui, effectivement, j'ai un peu simplifié ce que m'avait expliqué Akira. On est d'accord pour dire que les pousses jeunes sont de meilleure qualité, ainsi que la première récolte quand il y en a plusieurs. Egalement, un thé récolté une seule fois par an aura tendance à être meilleur qu'un autre récolté plusieurs fois.

    Pour revenir à nos moutons, lui est persuadé que dans la majorité des cas, les thés d'altitude sont meilleurs que ceux de plaine. Et il constate qu'ils sont souvent moins chers car n'étant pas sortis à la saison des shincha, mais après. Donc quelque part la qualité n'est pas exactement reflétée par le prix, à cause de ceci et d'autres critères (comme la présence d'umami, mais ce n'est pas le sujet.)

    J'avoue que quand je vois ta sélection, je me dis que les prix sont raisonnables en regard de la qualité.

    Je m'excuse de t'embêter avec ça. J'aime bien croiser mes infos pour savoir ce que les autres en pensent. ;-) Merci beaucoup de répondre à mes questions en tout cas.

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  5. David,
    tu ne m'embêtes pas du tout.
    "Les thés de montagne (altitude est un bien grand mot pour le Japon) sont meilleurs que ceux de plaines", j'ai envie de dire oui, mais ce n'est pas si simple, car rentre en compte la question de l'étuvage, futsu/Asa ou fuka. En montagne on fait du thé traditionnel, futsumushi, avec de belles feuilles. La brume matinale, l'ensoleillement moins important qu'en plaine en font des thés plus doux, et l'étuvage standard permet la conservation de leur parfum.
    En plaine on a beaucoup de fukamushi, parfois de qualité douteuse, mais conçu pour 99.9% des consomateurs japonais, 1/2 g de feuilles pour plein d'eau bien chaude, 2s d'infusion. Ces 99.9% pensent que le thé doit être vert boueux, opaque, et déteste les jaune et transparent thés de montagne dont le goût ne ressort qu'avec de longues infusions.
    Je m’éloigne un peu du vrai sujet, donc je reviens, et dirais aussi que la question des cultivars entre en jeux aussi, celle du talent du producteur aussi (regarde Hiruma-san, ya pas plus plat que la plaine ou il fait pousser son thé, et ses thés de compétitions coiffent au poteau nombre de renommé domaines de montagne).
    Les thés de montagnes si on les prends dans leur ensemble, ont ma préférence, et son surement de qualité supérieure, mais en le détail, la comparaison est difficile. Un futsumushi sencha Yabukita de montagne de Honyama et un fukamushi sencha de plaine de Kagoshima Saemidori sont aussi différents qu'un Baozhong et un Oriental beauty.

    Et pour la question des prix, je ne suis pas d'accord, la majorité des thés les plus chers que je connaisse sont des thés de montagne. Le terrain y rend impossible l'utilisation de grosses machines, la production en masse est difficile.

    Ils sortent bien sûr après ceux de plaine (dans une même région), mais restent dans la période du shincha. Les récoltes devraient commencer sous peu à Tenryu, Kawane et Honyama, alors qu'encore un peu de temps est nécessaire pour le shincha de Saitama.

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    1. Merci encore de ces éclaircissements. Je suis d'accord qu'il ne faut pas généraliser et qu'il y a forcément des exceptions dans le bon comme dans le mauvais sens. Je me garderai bien de faire croire que mes propos refletent les opinions précises d'Akira qui doit etre bien conscient de la difficulté de trouver un bon thé.

      En tout cas, cela est très intéressant !

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